Art & Esthétique26 10 2026

Esthétique et art islamique — III. Le « voir » herméneutique

Chapitre III de Esthétique et art islamique : le « voir » herméneutique — l'appel de la chose, l'œuvre et l'art comme détour, à partir des Souliers de Van Gogh.

CHAPITRE III LE "VOIR.’ HERMENEUTIQUE ٠ L'APPEL DE LA CHOSE. L'ŒUVRÉ !).ART COMME DETOUR. Nous regardant, le tableau de Vincent Van Gogh (les souliers) nous pose. ذ --estion suivante : est-ce que les souliers du tableau sont une création nsaque ? Les souliers (fabriqués par le cordonnier), on les met, on marche avec, T .:ule la teire, ils s'usent par l'utillisation : mais les souliers du tableau sont :rservés. d'abord par le tableau lui-même, ensuite par le musée qui lui aussi l'est ' a- '.es institutions de l'Etat. Y-a-t-il un rapport entre les souliers du cordonnier et ceux du tableau ? ٠ :e :elle question débouche inévitablement sur une autre : les souliers viennent ي٠ : ٠ cordonnier et le tableau par le peintre, qu'est ce qu'alors, un cordonnier ? Un ئ ? Ils sont tous les deux producteurs. Est-ce réellement des producte.urs ou تل.لبئل ement des re-producteurs ? Si le qualificatif de re-producteur peut aisément c ٠:٠: l'opinion courante) être appliqué au cordonnier, il le serait difficilement -cernant le peintre. Une telle problèmatique nous enfermerait dans le cercle c.tix du rapport enti'e le beau artistique et le beau naturel qui, nous ج:٩غ -t.il, a déjà été tranché par Hegel dans l'introduction du présent travail. :■٠; :Llir que soit 1'écart entre la nature des deux produits (souliers et tableau), le :laiif produit reste adéquat pour les deux. D'où vient l'oeuvre d'art alors ? L'œuvré d'art est un produit. Comment cela se tient-il ? Y-a-t-il là une çuité installée entre le produit et l.oeuvre (d'art) ? Quel est alors :!.produit ? Le produit s"'utilise", s'use et se conserve, avons-nous dit (pour : :.-::ers), trouve-t-il ainsi son être produit ? Se conserver se dit autrement se jr. .quelle est donc l'essence de la garde ? Dans le domaine de l'art il y a des
producteurs (artistes), des divulgateurs "D-.es d'art), des acheteurs, des vendeurs et des revendeurs. Ainsi présenté, le 'le marché) de l'art ne diffère en rien du monde du commerce et de la rcxton utilitaire. On emballe et on embarque bien des caisses de, tomates et
Esthétique et Art Islamique des séries de tableaux. On négocie bien le prix d'une cargaison de phosphate et la production d'un peintre avant d'organiser son exposition. "Les hymnes d'Holderlin étaient, pendant la guerre, emballés dans le sac du soldat comme les brosses et le cirage"(!). Tous ces produits sont appelés communément "choses." L'oeuvre d'art serait-elle une chose ? Ou bien, et d'une aiitre manière, l'être-produit de l'oeuvre réside-t-ü dans la choséité de l'oeuvre ? "Et n'est ce pas précisément cette choséité de l'oeuvre que l'artiste crée grâce à son métier ?(2). Qu'est donc la chose ? Selon le sens commun(^), la pierre est une chose., la feuille, le couteau et le pain sont des choses. Mais "chose" est aussi Dieu dans le langage philosophique, la mort de mêm.e (surtout dans le langage philosophique heideggerien). "En somme, le. mot chose désigne (...) tout ce qui n'est pas rien.. (4). Mais si l'on se met à débattre de Dieu sur le même pied d'égalité que la pierce, le couteau ou le pain, nous ne nous en sortiroris jamais. De même si l-'on traite l'oeuvre d’art en tant que création en 1'égalant au Créateur par excellence (Dieu), non seulement nous allons nous trouver dans l'impasse, mais le sens commun va perdre le bout du fil. En écartant Dieu de notre chemin et, avec lui, toute "chose" abstraite (non vue, non palpable), nous pouvons dire que les véritables choses (...) sont la pierce, la motte de terce, un morceau de bois, les inanimés de la nature et de l'usage" (p.19) Pour sortir de l'embarcas, concluons donc que "...l'oeuvre d'art (...) est -une. chose, dans la mesure où elle est un étant" (p.18). Seulement toutes ces classifications ne font qu'encombrer notre pensée et ne nous éclairent aucunement sur l'oeuvre ni sur le produit et la production. Les
définitions que nous venons d'accepter restent en dehors de la chose. Nous avons posé notre question en direction de la choséité de la chose. Le problème de la chose est le plus vieux des problèmes philosophiques. Avant donc d'approcher la chose, il faut savoir que ce qui est vrai, concernant ce problème, c'est qu'autour de ٠٠la chose٠٠ s'est constitué un savoir occidental (oriental aussi) qui nous empêche de la saisir en tant que telle.. "Les interprétations devenues depuis longtemps parfaitement "naturelles et aujourd'hui courantes dans l'usage quotidien, peuvent se ramener à trois" (p.20) a-La chose est une somme de qualités autour d'un support . b - La chose est un couple d,e forme / matière. C-La chose, (selon la foi) est créée par la volonté divine.
Le'.voiï" Herméneutique "Les trois manières de définir 1'être-chose que nous avons citées comprennent successivement la chose comme support de qualité marquante, comme unité de multiplicité de sensation et comme matière informée" (P.30) C'est ainsi selon Heidegger, que la pensée occidentale a compris et comprend toute chose. Les trois manières sus-indiquées "ont (...) renforcé leur ?*tension innée de telle sorte qu'elles valent aussi hien pour la chose que pour le rroduit et l'oeuvre" (p.30) Alors où est le problème ? Sommes-nous en train de chercher à démontrer evidence ? Nullement, car la question en direction de la chose, ne cesse de secouer r discours philosophique. Comment et pourquoi donc la chose n'a-t-eUe jamais .:combe à une telle explication ? Comment a-t-elle pu rester rebelle ? D'où .ent l'éc-hec (si échec il y a) de ces tentatives ? Il ne- vient sûrement pas de la ornière seulement, par ce que., durant des siècles, l'affairement de toutes ces :.eories s'est incroyablement raffiné. Il paraît que justement la chose a son mot à n Quoi donc, 1'échec viendrait-il de la chose elle-même dans sa modeste .Signifiance ? Oui. (p.31) C'est la chose qui, en se repliant sur elle-même, laisse se casser à sa ice toutes les tentatives explicatives, "une pensée qui tente de penser la chose, -? devrait-elle pas, dès lors, faire confiance à cet élément d'étrangeté et de ؟dement sur soi-même dans l'essence de la chose ?" (p.31) Cela voudrait-il dire ذ: ٠٠ ne faut pas forcer 1'accès à la chose ? En Occident, dans le domaine de l'art, c'est surtout le couple forme / :ne qui fait autorité et, par là, exerce une violence sur la chose. D'où lui vient ...r~e autorité ? N'est-ce pas d'une assez particulière interprétation de l'être-produit :٠ pr^uit ? C'est le produit donc qui peut
nous renseigner sur la chose. En tant . ٠ etant ayant subi la violence du couple fome / matière, il est d'une part près de :.:.٠١ et d'autre part difficile à saisir derrière le voile des interprétations jusqu'ici en : ;١٠ Mais comment peut-il nous renseigner sur la chose ? menant de / par l'homme, le produit "occupe une place intermédiaire entre i ::.ose et l'oeuvre" (p.32). Il ne faut pas oublier que notre question s'est posée iid en direction de l'oeuvre. L'oeuvre étant chose, et le produit de même, nous - - ١ répondre à notre ques'tion' en trouvant ce qu'est essentiellement le أ:ت٣:٠ب; Qu'est donc le produit ? Qu'est ce qui est proprement produit ? Mais ; : ; quel est le chemin qui nous mène vers la réponse sans toutefois forcer ع :es au produit en tant que chose ؛ en d'autres ternes, sans répéter "L'arrogance )}mes.' (p.30) des tentatives déjà énumérées ? Nous nous assurerons de ce chemin "...en décrivant tout simplement, sans théorie phi.losophique, un produit", (p.32)
Esthétique et Art islamique Seulement, quel produit pt'endre ? Comment s'assurer que, d'une- part, c'est Je produit qu'il faut, et que, d'autre part, nous allons déboucher sur une réponse sûre qui nous évitera ce tournoiement de questi-ons qui commence déjà à nous donner l'impression d'être dans une jungle ? Initialement, nous avions choisi un tableau qui, dit-on sans précaution, représente une paire de souliers. Pourquoi ne pas le prendre ? Nous parlerons donc des souliers fabriqués par le cordonnier, mais,, potir faciliter la vision sensible, nous avons choisi le tableau de "Vincent Van Gogh qui a souvent peint de telles chaussures".(P.33) Revenons donc à la paire : oU peut-on découvrir 1'être-produi.t du produit ? Ce produit sert à chausser le pied. Ce qui sert est utile. L'être-produit-du produit, réside-t-ü en 1'utilité ? Mais, qu'est ce que l'ut'dité ? Cette dernière ne peut. êtr&. vue et remarquée qu'au moment de l'usage, c'est-à-dire pendant la danse ou dans les champs. Suffirait-il de contem.pler et d'admirer le tableau de Van Gogh ? Suffirait-il de le consommer esthétiquement ? Les souliers sont-ils faits pour être accrochés tel un tableau ou autre ob.jet d'ornementation ? Mais nos souliers, les souliers à l'oeuvre dans notre texte sont des souliers peints. Sont-ils aussi un objet esthétique ? Pour retrouver une- réponse à notre question, à savoir le côté produit dans le produit, il ne suffit nullement de se représenter des soulie.rs déjà présentés, mais il fa'ut les voir à l'oeuvre. Seule-ment, les souliers de Vincent Van Gogh peints sur un espace ne rappellent rien de cela. N'i t.erre, ni poussière, ni herbe- ni eau et pourtant... "Dans l'obscur intimité du creux de la chaussure est inscrite (c'est nous qui soulignons dans tout ce fragment) la fatigue des
pas du labeur. Dans la rude et solide pe.santeur du soulier est affermie la lente e-t opiniâtre foulée à travers champ, le long des sillons toitjours semblables, s'étendant au loin sous la bise. Le cuir est marqué par la terre grasse et humide. Par de-ssous les semelles s'étend la solitude du che-min de campagne qui se perd dans le soir. A travers ces chaussure-s passe l'appel silencieux de la terce, son don tacite du grain mûrissant, son secret refus d'elle-même dans l'aride jachère du champ hivernal. A travers ce produit repasse la muette inquiétude pour la sûreté du pain, la joie silencieuse de survivre à nouveau au besoin, l'angoisse de la naissance imminente, le frémissement sous la mort qui menace. Ce produit appartient à la terre, et il est à l'abri dans le Monde de- la paysanne. Au sein de cette appartenance protégée, le pi'oduit repose en lui-même" (p.34). Ne passons pas avant d'insister sur les éléments essentiels de cette lecture. Ces éléments, nous les avons soulignés : l'inscription, la marque (ou le marquage), 1'étendue (donc l'espace), le passage et le repassage, la Terre et le Monde. Ces éléments seront retrouvés et analysés vers la fin de ce chapitre.
Le.'v.ir" Herméneutique Les souliers, selon cette lecture (heideggerienne) du tableau de Van Gogh, existent bien, pour la paysanne, pour quelque chose. La paysanne ne spécule pas ^ur ses sabots, mais elle sait qu'ils sont là, lui tenant compagnie, ils lui sont -tiles. Mais encoi'e une 'fois en quoi réside futilité ? Si 1'utilité ît'est pas tirée au i:air. nous ne pou-Vons guère, avancer. L'utilité "repose dans la plénitude d’un être essentiel du prod'uit. Nous l'appelons la solidité" (P.30). Mais qu'est-ce que la olidité ? Dans 'une note à l.a fin de l'ouvrage, le traducteur nous l'explique : Cest le rapport qui s'institue entre l'homme et 1,'étant, quand fhomme peut être نذا de l'étant" (p.,452), et c'est grâce à cette solidité que la paysanne est confiée, دذ ion Hiedegger, à la teire et soudée à son monde. Ainsi, "L'utilité du produit, • est ce۴ndant que la conséquence d'essence de sa solidité" (P.:35). Jusqu'ici nous n'avons trouvé que l'être-produit du produit. Ne .:-erchions-nous pas l'être oeuvre de l'oeuvre ? En tant que produit, l'oeuvre ٠ : !tient ce côté titilitaire, mais le dépasse vers autre chose, c'est essentiellement :ي 'côté autre chose" que nous essayons de. trouver en chaussant les souliers de '٠ m Gogh et e.n compagnie de M. Heidegger. A partir de l'oeuvre, de Vincent Van Gogh nous avons pu trouver ؛e-produit : cette même oeuvre ne peut-elle pas nous livrer son être à. elle. ? Demandons-nous : qu'est-ce que l'oeuvre ? "Qu'est-ce qui est à l'oeuvre dans couvre” ? (P.36) Par l'oeuvre ou plutôt par sa description nous sommes arrivés au produit. ذ La toile.de Van Gogh est l'ouverture de ce qu'est le prodrtit" (p.36) ٠٠ Par^ أا:°٢? ;ب:;اس se montre et se dévoile dam ce] est Ilmo]re son etreAntime. En parlanid'oeuvre et de ce qtli est", nous] ٠ ١: JS
trouvons face au problème dela vérité. 7؛ "L'essence de fart serait donc : de se. mettre en oeuvre de la vérité de} ( (7ذ)٠9ءأا: Ne serait-ce pas une façon de. forcer les choses que de vouloir faire dire la 1-r.ié a de pauvres souliers de paysanne ? N'ous n'étions qu'au produit utilisable et ir se. comment avons-nous fait pour être mis face à l.a vérité ? La vérité • ؛ :-elle pas du seul domaine de la philosophie et de la science ? Déjà dans notre ' Itous avons invité Hegel à résoudre ce problème. Heidegger nous invite à contempler un temple grec. "Le temple et son ج،:ي٠.-ب ne se perdent pas dans l'indéfini ' C'est précisément l'oeuvre-temple qui :ose et ramène, autour d'elle 1'unité des voies et des rapports, dans le.sqttels ١_٠ice et mort, malheur et prospérité, victoire et défaite, eirdurance et ruine : ;;؛ent à l'être h.umain la figure de sa destinée" (p.44). ici est nommé le monde le ■،ut un peuple.
Esthétique et Art Islamique Mais le temple n'est pas uniquement ceci : il est autre chose. Il repose sur la pierre dure. Il tient tête à la tempête en lui donnant figure. Par lui se montre la houle de la mer, les saisons et les herbes. Juste à côté coule la rivière et se montrent l'oiseau et le serpent. Eclaboussé par la lumière, enveloppé par la nuit, il les montre elles aussi : " Cette apparition et cet épanouissement mêmes, et dans leur totalité, les grecs les ont nommés très tôt, la Physis (...) cela, nous le nommons la Terre” (p.45) Sur la teire se. fonde un monde qui aspire à la dominer et "La teire (...) aspire (...) à faire entrer le monde en elle et à l'y retenir" (p.53) Cet affrontement est un combat. Il ne faut surtout pas se leurrer (selon Heidegger) et considérer ce combat comme dispute et discorde. En d'autres termes, Heidegger veut éviter d'être confondu avec Hegel. Dans ce combat "...les parties adverses s'élève.nt l’une à l’autre dans l’affirmation de leur propre essence” (p.53) En installant un monde et en faisant venir la terre, l'oeuvre incite au Combat. C’est dans l'effectivité de ce combat que réside Vitre-oeuvre de Voeuvre. ”Installant un monde et faisant venir la teire, l'oeuvre est la bataille où est conquise la venue au jour de 1'étant dans sa totalité, c'est à dire la vérité” (p.61) Mais il nous semble que nous avons avancé be.aucoup de questions qui sont restées sans réponse. Ne nous sommes-nous pas demandés au début de ce chapitre : d'où vient l'oeuvre d'art ? N’avons-nous pas tracassé le lecteur par un tourbillon de questions autour de la chose et de la choséité de la chose ? Ne devons-nous pas satisfaire la curiosité que- nous avons éveillée en lui ? Une fois l’être-oeuvre, de l'oeuvre trouvé, nous pouvons bien espérer savoir si L'oeuvre
est une fabrication, une production, ou un art. De toutes les façons l'art est une production, mais en quoi se différencie-t-il de la fabrication ? Qu'est-ce qui le qualifie en tant que création ? Partant de la constatation immédiate, potier, !.nenuisier, sculpteur ou peintre, selon leur activité, auraient le même comporte.ment. Ce sont des techniciens qui ont le savoir-faire. Techné, ce mot qui sonne grec, voulait dire aussi bien art qu'artisanat, mais en fait ni l'un ni l'autre, car techné voulait précisément dire (selon Heidegger) : savoir dans le sens d’avoir-vu. Avoir-vu quoi ? La déclosion de 1’étant. La techné devient donc "...une production de 1’étant dans la mesure où elle a fait venir, et produit expréssement le présent eri tant que te.1 hors de sa réserve, dans l’être à découvert de son visage ؛ jamais techné ne signifie l'activité de la, pure fabrication” (p.66) C'est en fait une institution de la vérité dans l'oeuvre, en d'autres ternes, la techné fait venir ou produit un étant qui, jusquà l'avènement de l'oeuvre, n’a jamais existé (ou à l'instar de Jleidegger) ”qui n'était point auparavant et qui n'adviendra jamais plus par la suite” (p.69) De là nait un monde. Ce monde -62“
Le"voir" Herméneutique ..؛.ait apparaître précicisément ce qui n'est pas encore décidé et ce qtii est encore de mesure" (p.70). c'est presque une création du néant. Est-ce un retour ذ: ذ théologie ? D'où vient ce monde que fait venir l'oeuvre par la techné ?" Il y ذ assurément dans la nature un tracé, une mesure et des limites auxquels est liée aoe ۴ssibilité de production à l'ouvert : précisément 1'art" (p.79). c'est donc de a antre que vient l'oeuvre, par cette possibilité qui est l'art. Qu'est-donc l'art ? Etant "une possibilité de production à l'ouvert, Î.art serait un devenir et un ٠ تك enir de la vérité. "La vérité, éclaircie et réserve de 1'étant, surgit alors comme ئ و. Laissant advenir la vérité de 1'étant comme tel, tout art est- ؛;endettement Poème, (Dichtung)" (P.81). Qu'est le poème alors ? Comment ser réduire toute production artistique à la parole ? Puisque c'est la langue qui, initialement, nomme 1'étant, c.est par se -':.mer et seulement que 1'étant a la possibilité d'accéder à la parole et à :raraîue. Le poème dit "...le monde et la terre, l'espace du jeu de leur combat, f isi le lieu de toute proximité et de tout éloignement des dieux" (p.83). En ut donc apparaître, le poème serait l'essence de l'art. "L'essence de l'art, c'est ح ?^me" (p.83) Qu'en est-il de la chose ? ٠ ؤ LES VOILES. Entre un "je" et "la chose" (oeuvre d'art, produit, ou chose au sens de né. de l'usage et de la nature.) s'installent des voiles. Les premiers voiles '.:٢: dabord constitués par l'oubli de l'origine de. cette chose et les autres voiles :■L. : accumulation de connaissances, à travers les siècles, autour de la chose. ب.تع: je" doit se débarrasser de cette connaissance, immédiate et de celle acqt-iise. _.؛ connaissances sont devenues presque premières, évidentes et
communes. ’■ dans quel bu٠t doit-il s'en débareasser ? Est-ce pour voir la chose dans sa né et sa clarté ? Oui : les couches d.e discours qui enveloppent la chose ne ^paraissent et prennent forme qu'une fois mobililsée la question en direction je dire essentiel de la chose. Qu'est-ce qui fait d'elle une chose ? la connaissance jusqtt'ici (jusqu'à Heidegger) disponible ne fait qu'insulter ي.:•■ ; ند. De là elle perd sa crédibilité. Or., commen,t s'approcher de la chose ? Debanassés de la connaissance en question, nous re-stons en face de la ...'■:sc Premièrement, la chose (ici 1'oeu'vre) nous est révélé.e comme- produit. ١ :».s disons "est révélée" comme s'il y avait une quelconque force gîtant quelque ك٠ r■: ۴ussant la chose au paraître. C'est la chose elle-même, qui vient à l'éclat. ٠!٠: le produit se révèle et se montre dans ce qu'il e.st, le passage sera libre 7م"اا passage ou celui de la chose) ou plutôt le deuxième voile est enlevé et nous pouvons donc accéder à un autre niveau de connaissance qui nous permettra de pose-r la question autour de. la vérité. Quelle vérité ? La vé.rité de la vérité., ou la vérité de toute chose ou la chose tout court ? c - DE LA PHYSIS - LA FINALITE. Nous resterons dans l'égarement si nous n'explicitons pas comment la c.hose s'est dévoilée à nous, car, n.avions-nous pas dit avec Heidegger que la cltose dans sa modeste insignifiance est rebe-lle ? En nous débarrassant de la couche de connaissance première, et évidente nous renonçons par le même geste à comprendre, la chose par autre chose qu'elle-même. De ce fait, nous nous en approchons. Que veut dire être proche, de la chose ? Proximité et chose, sont à définir si nous voulons garder le lecteur en notre compagnie. Selon Heide.gger, la proximité n'est nullement liée à la distance.
Comme il le dit(5), les choses (événements, images...) nous sont actuellement rapproché.es par tous genres de choses (journal, avion, télévision...), mais, suffit-il de pose.r la question en direction de l'être intime de. la chose pour en être proche ? Nous est-il donné à nous-autres humains (modernes) d'iiabiter dans la proximité de la chose ? Nous venons d'oublier notre question sur la proximité même e.t voulons la saisir par la pensée. Le sens commun affirene qu'il habite dans la proximité de la chose alors qu’il ignore (ou a oublié) ce qu'est une chose.. C'est peut-ê.îre la chose qui nous dira ce qu'elle est et ce qu'est la proximité. Nous avons bien vu que l'oeuvre nous a emmené à la Terre et au Monde, mais Terre et fronde sont resté.s 'bien peu clairs pour le lecteur. Que veut dire Terne dans l’oeuvre ? Peut-on 'la trouver dan.s chaque oeuvre ? Comment e.t à partir de quoi ? Il se.rait possible de la trouver dans la sculpture. Comnre.nt l.a trouvera t-on dans la peinture, la musique et la poésie ?(6). Nous serons peut-être rassurés si Itous savons que Heidegger n’avait fait appel au tableau de Vincent Van Gogh qu’à titre d'illustration, et que son but était' bel et bien l'essence de la chose et non celle de l’oeuvre. Qu'est ce qu'une chose ? Dit-il. ”La cruche e.st une chose”(7)١ La c.ruche n'est, pas une oeuvre d’art, elle est- un objet fabriqué, un pi'oduit, urte chose. Qu’est ce. que. la cruche alors ? La crtic.he. est un vase, nous dira-t-0n, elle a é.té produite pour contenir en tant que vase. ”Seule.ment, cela qui est propre à la manièr d'être de la cruche n'est jamais fa'briqué par la, production”(^). Autrement dit, s.i nous restons attachés à l’aspect de la cruche, nous ne saurons jamais ce qu'elle est. "Ce qui fait de la cruche une chose consiste, en
ceci- qu'elle est en tant que vase"(9). En disant vase, nous ouvrons une possibilité immense, le vase e.st contenant. On peut bien remplir la cruche. Nous disons "on peut”, mais c'est en fait, selon Heidegger, ,la cruche qui reçoit. En recevant le vin ou l'eau, elle les contient et les retient. En les contenant et en les retenant, elle les déverse dans le sens d’offrir. Il appartient à la cruche de "donner” et "d'offrir”. Dans l'offrande Le"voir" Herméneutique )eau, vin) de la cruche, sont présents la terre et le ciel. Ils sont présents " ...dans le vin à nous donné par le fruit de- la vigne, en lequel la substance nourricière de la terre et la force solaire du ciel sont confiées l'une à l'autre"(!()). L'offrande de la cruche est destinée aux hommes que nous nommons ici les mortels. La boisson assouvit leur soif et égaie leur humeur. L'offrande ici diffère radicalement de la quantité consommée dans un bar ou un cabaret, c'est dans des "êtes sacrées qu'on offre cette boisson et, par là même, elle est offerte aussi aux immortels : les dieux. "Le versement du liquide offert est versement, pour autant, qu'il retient la terre et le ciel, les divins et les mortels (...) Retenir, c'est, faire :uraftre"(!!). Unis, les quatre se reflètent l'un dans l'autre et chacun en soi - même, lette union est un rassemblement du Quadriparti "L'être de la cruche est le rw rassemblement qui verse et offre, et qui rassemble, dans un " demeurer pèsent ", le- quadriparti uni dans sa simplicité"(!^). " L'essence de la chose est ;one le rassemblement" (!3). Les quatre se donnent, sans résistance, les uns aux autres et chacun à .::.même. Aucun d'eux ne garde ce qu'il a pour lui : c'est un jeu de nspropriation et d'expropriation. "Le jeu qui fait paraître, le jeu du miroir de la ؛:mplicite de la
terre et du ciel, des divins et des mortesl, nous le nommons "le :onde"(i4) Le jeu du monde qui est l'être de la quadrature réunit les quatre dans leur -.;mité et leur enlacement amoureux. Dans cette danse du : se laisser conduire ;-٠ ec une docilité souple, se produit le rassemblement, l'être de la chose. ^lais est-elle proche ? Qu'en est-il de la proximité ? Rassemblés, les ;ire sont tenus et retenus les uns proches des autres dans letir lointain. " R;pprrcher c'est l'être de la proximité" (15). ;/ - LA DE-MARCHE. La démarche s'esquisse donc devant nous de deux manières ou en deux fipes : 1 - Le corps connaisseur doit se débarrasser de sa connaissance . a - En remontant à rebours vers une origine première. Le retour se fera : ;^rd dans l'expérience personnelle accumulée sous forme de connaissance, ٠ :^.naissance qui doit être détruite. La destmetion se fait essentiellement dans le أ£أage en jouant sur les contradictions et en n'acceptant aucune erreur logique. b - En faisant la généalogie du "mot" du "concept" ou de la "chose", sujets ; meditation. Aussi l'histoire est-elle revue avec une sévérité qui ne pardonne ف un faux-pas. Les concepts remis en question sont ou bien renvoyés au
Esthétique et Art Islamique domaine théologique et taxés ainsi d'arbitraires et sans aucun fondement, ou bien au domaine scientifico-métaphysique et taxés de grossièreté et d'amgance. Les voiles enlevés, le corps connaisseur se met en face de la chose. Mais elle est encore opaque (feme, ou retirée en elle-même). • - Le corps connaisseur doit se laisserfaire. a - D'abord la chose se montrera à lui dans sa netteté première, éclairant ainsi Teire, Ciel, monde, mortels et immortels. b - Ensuite, l’être au sens plein, La Vérité, lui sera livré. Reprenons le cheminement de ce corps : qui lui a insufflé la rebellion ? Qui l'a poussé à se débarrasser de la connaissance commune ? Imaginons la scène et acceptons l'analogie. Le prisonnier se rend compte qu'il est dans leireur, qu'il ne voit que les ombres et les copies. Il ose se détourner de. la connaissance fausse et effectue le voyage en arrière, deirière son dos. c'est derrière qu'il y a la vraie connaissance. Il suit le chemin en remontant difficilement la pente. Il est furieux contre lui-même et contre toute fausse connaissance qui l'a si longtemps trompé. Il est en face du Monde, du "vrai" monde. Or, ce monde, que signifie-t-il ? D'où vient-il ? Il ne sait pas de réponse. Il attend la révélation. N’était-Ü pas l'élu (par Platon, ou par Zeus) de tout son peuple prisonnier ? Ce qui nous intéresse ic.i c'est que le chemin s'arrête là où le regard ”voit” clair. Le''٧oir" Herméneutique NOTES M. Heidegger. L'origine de l'oeuvre d'art. In "Chemins qui ne mènent nulle part", ed. Galli. Paris 1962 , P. 15 :?id P. 17. Etant donné que le texte ne se réfère, dans son début, qu'à "L'origine de :œuvre d'art", nous nous limiterons à indiquer uniquement la page après chaque citation 7eue expression est empruntée directement à Heidegger,
ce qui ne veut pas dire que nous : adoptons. ١٠:. Heidegger, op. cit. P. 18 ١٠:. Heidegger. "Essais et conférences", ed. Galli / Tel. Paris 1958. P. 194 Pour la poésie, voir spécialement M. Heidegger "Acheminement vers la parole" ed. Galli. Paris 1976. P. 41, où il est question de la poésie de Georg Trakl. Mais, la terre est -:mmée directeme-nt par le poème, or, dans l'essai de Heidegger (O. O. A), elle a l'air de 'ؤ trouver dans chaque oeuvre d'art. Cette obsession de la terre a fait surface pour la dernière fois dans un texte écrit en 1948 et publié dans "Question" (III) ed. Galli. Paris .6بت. P. 9. Il s'agit de "Le chemin de campagne" é-crit pour le re-cuei.1 commémorant le >:■: anniversaire de la mort du compositeur allemand Conradin Kreutzer. Après lecture ;:entive. l'on se rendra compte qu'il s'agit d'un autre monsieur, Freidirich Heidegger, -aitre tonnelier et père du philosophe Martin. ٠٠: Heidegger. "Essais et conférences", op. cit. P. 196 --?id. P. 198 :?td. P. 199 :?:d. P. 204 ;- d. P. 205 r?:d. P. 206 :-:؛:degger le trouve même dans l'étymologie du mot allemand "Ding" se rapportant à 7?*ةذ٠ Idem. P. 214 :? d. P. 21
Dans la pensée occidentale, représentée ici par les trois domaines que nous i :15؟• traités, le premier acte de la connaissance passe par la voie de l'oeil. Il faut : :?erd avoir vu pour que se déclenche la spéculation. Le monde dans sa --:tiplicité n؛est qu'un ensemble de symboles ou de copies de l'original ."Pour ة:ب homme, en effet, il faut comprendre ce qu'on appelle le général, qui, partant د: قا multiplicité des sensations, les ramène par le r,aisonnement à 1'unité" (1). Ce ٠-30 voit donc d'emblée ne peut être que la dégénérescence du "Premier", ou 3ج٢ un mensonge et une simulation d'une stuation primordiale. OU est cette situation Une et Unique ? Elle a choisi de se retirer derrière tique chose : nommé instinct et passions humaines par Platon, "moi" par ك٠[ي٠ت et connaissance commune et vie de la chute par Heidegger. L'acte qui peut déchiffrer ou décrypter cette chose cachée dans les fins-fonds ت ne sait quoi, passe lui aussi par le "voir" défini dans notre introduction. Que م٠::he le connaisseur ou celui qui cherche à connaitre ? Il cherche à savoir. Que pifie savoir et comment savoir ? Il faut d'abord une technique, un outil qui rc~net la connaissance. On l'appelle méthode. Méthode est la marche, l'ensemble 1: démarches que suit l'esprit pour découvrir et dé-montrer la vérité. Il s'agit donc :ت marcher vers une chose pour la voir et la montrer. On peut changer de -fiiode. on dira donc que c'est un changement dans la direction de pensée, c.est : -egard qui se détourne d'un chemin ou d'une manière particulière de voir. Méthode est donc une technique. Qu'est ce qu'une technique ? Heidegger V _5 la déjà dit : c'est savoir dans le sens d'avoir-vu, et avoir-vu la déclosion de :ءق. C'est donc de ce principe que prend départ le mouvement vers la chose ?nière. (J'ai
déjà vu, et ce que j'ai vu a disparu derrière le voile opaque de la .تنن gue. de la vie quotidienne ou des instincts, je dois donc fouiller). Fouiller où ? :٣ doit fouiller dans la mémoire ؛ car la "Mémoire est le rassemb'lement de la :.xsee ftdèle"(2). Il faut donc éveiller cette chose oubliée. Il faut laisser parler la ج. :لغ٠ ridèle. "Or cette faculté est une réminscence des choses que notre âme a ١نم quand elle cheminait avec l'âme divine et que, dédaigant ce que nous prenons ا':-tes pour des êtres, elle se redressait pour contempler l'Etre véritable"(3).
Esthétique et Art Islamique C'est ainsi que dans les trois domaines de la pensée occidentale, inteirogés dans ce travail, l'oubli prend une place de mérite. Il ne faut pas oublier l'oubli, sinon nous en serons frappés, aussi oublierons-nous l'origine. Le travail consiste donc à se re-présenter l'acte origine ou la chose, originelle (se re-présenter est l'équivalent ici de supposer sous forme d'hypothèse). Selon donc cet étalon qui n'est qu'hypothèse au départ, 1,'on commence à refaire le chemin. L'on commence le véritable voyage (Freud). C’est un voyage qui s'effectue dans une procession à rebours. "La poésie (en tant que pensée), ce sont d.onc les eaux, qui parfois coulent à rebours vers la source, vers la pensée comme pensée fidèle."(4). L'on commence d'abord par rejeter cet étalon a.u loin, très loin, vers un point ou tout près d'un point supposé être l'origine, puis on commence à re-connaître sa trace, le chemin qu'il a fait pour arriver jusqu'à l'origine. Ce n'est qu'ainsi que nous pouvons comprendre les choses. "Quand et comment les choses viennent-elles comme choses ? Elle ne viennent pas par les artifices des hommes. Mais elles ne viennent pas non plus sans la vigilance des mortels. La première démarche vers cette vigilance est celle qui nous ramène de la pensée qui représente seulement, c'est-à-dire de la pensée expliquante, à la pensée qui se souvient''(5). La pensée qui se souvient, de quoi, en fait ? La pensée qui se souvient de la scène primordiale, de l'origine de l'être(Idéa) ou de la déclosion de 1'étant dans .sa totalité. Il était une fois une ...chose...la pensée ne fait que tourner autour de l'origine en la nommant chaque fois différemment. " Difficilement il quitte ce qui près de l'origine a site, le point" HOlderlin. La Migration IV. 167 (6) Peu
importe que cette origine soit supposée être dans le ciel ou sous la terce entre les mains des dieux ou celles des démons, l'essentiel c'est que les deux dé-marcheurs se croisent à un moment donné. Chacun d'eux croit être dans l'eireur et cherche son salut ailleurs, dans le passé. Peu importe que cette chose soit matérielle ou spirituelle, dans les deux cas, elle est contournée, délimitée et définie. C'est essentiellement un problème de perspective et de point de vue. Si l'on se place du côté spirituel, l'on place l'origine un peu plus haut vers le cerveau, le ciel ou le sommet de la pyramide sociale (ce qui revient souvent au même). Si l'on se place du côté matériel, elle est placée un peu plus bas, vers les entrailles, le fond de la teire, le prolétariat, ou le bas ventre (vers le plaisir, le désir, le travail , le sexe...). On fouille dans les deux cas, on enlève les voiles pour "voir” et voir cl.air. Dans tout ceci on est guidé par un référent, contourné et rêvé à l'avance.