Art & Esthétique26 10 2026

Esthétique et art islamique — I. L'ophtalmologie de Platon

Chapitre I de Esthétique et art islamique : l'ophtalmologie de Platon, le voir comme production sensible et la naissance du regard philosophique.

CHAPITREI L’OPHTALMOLOGIE DE PLATON Le "premier" texte de la philosophie occidentale qui donne à (e-t sollicite :٠ ة voir est bien celui de Platon. Conçu comme une feinte de l.esprit, il est une ^-production sensible pour le sens commun. Il cherche à nous élever (selon le ^int de vue de Platon) au delà du sensible comme tel. Qui dit feinte, dit plus ou moins fiction. Nous aurons affaire alors à une Action. Platon nous propose une scène qu'il monte de toutes pièces, et il l'analyse, c est en fait l'oeuvre d'art de Platon que Socrate-Platon va analyser. A ٠ QUE DIT LE MYTHE PLATONICIEN ?(!) Il s'agit d'un groupe de gens enteirés dans une grotte. On ne sait comment, ١لذعب ainsi furent-ils découverts et présentés par Socrate à Glaucon. Tout ce qu.ils ذ naissent de 1'étant n'est que "don" offert par les lueurs d'une flamme se ا fumant dereière eux. Ils n'eurent jamais l'intention de se retourner vers cette ::gine lumineuse. Ils se contentent de contempler les parois d'en face, en prenant ى spectacles d'ombres pour des vrais. Un petit mur sépare la caverne du reste du monde. Ce même petit mur Ige une route qui passe entre le feu et la grotte. '.Figure-toi maintenant le long de ce petit mur des hommes portant des :.;et5 de toute sorte qui dépassent le mur, et des statuettes d’hommes et ; maux, en pierre, en bois et en toutes espèces de matière; naturellement, : ni ces porteurs, les uns parlent et les autres se taisent (...) e-t si la paroi du red de la prison avait un écho, chaque fois que l’un des porteurs parlerait, --atent-ils entendre autre chose que l'ombre qui passerait devant eux.’’(2) Yoiia "un étrange tableau et d'étranges prisonniers’'(^), s’exclama Glaucon ء ..ewnse à Socrate. En effet, le tableau ne manque pas d’étrangeté. Etranges ١:٢: ;es prisonniers, mais plus
étrange est le narrateur. "Considère maintenant ce . .. .eur arrivera si "onles délivre de leurs chaînes et que "on'' les guérisse de leur ٥ie"4؛). Il a fallu attendre qu'un "on" intervienne pour les libérer et, par là, redresser cette situation morbide. Est-il facile de réussir cete tâche ? Est-il possible de voir un humain faire volte-face du jour au lendemain et s'adapter à un autre milieu ? c'est ce que Platon semble suggérer. Mais, comme pour rester en spectacteur, Socrate donne les secrets de l'affaire à "On" délivrera l'un d'eux (à titre d'exemple), lui ordonnera de se lever, de tourner le cou, de- marcher et de lever les yeux vers la lumière.(5) La tâche- est accomplie, mais au prix d'un despotisme- spartien. Pensons en termes de rentabilité et demandons-nous à quoi aboutirait cette torture. Nous disons torture puisque, "En faisant tous ces mouvements, il (le prisonnier) souffrira".(^) Ce revenant du pays des ombres et des ténèbres, ce "presque aveugle" doit maintenant se préparer à l'aventure (?). Sous les ordres de "On", notre prisonnier fera une belle promenade dans le monde lumineux. Pour ce, "on" a choisi une bonne méthode pédagogico-sportive. "On" va l'arracher par force de sa caverne, va lui faire gravir la montée rude et escarpée et le traîner jusqu'à la lumière. Aprè-S avoir fait preuve de violence, "on" va maintenant changer de comportement ave-c son libéré. Se rendant compte de la fragilité de son regard, il lui ordonnera de regarder d'abord les ombres, puis lui fera découvrir son image dans l'eau, ensuite la voûte céleste étoilée pendant la nuit et enfin le soleil pendant le jour. Nous pouvons considérer maintenant que notre prisonnier a atteint 1,'étape- ultime de connaissance et de liberté. Y a-t-il autre chose au delà du so'leil ? Tout ce qui est
dans l'univers tient sa visibilité du soleil, "c'est lui qui fait les saisons e-t les années, qui gouverne tout dans le monde visible et qui, d'une certaine manière, est la cause de tout ce qu'il voyait avec ses compagnons dans la caverne"(؟), conclura-t-il après l'avoir découvert. Le spectacle se te-rminera par le retour sous la terre du "prisonnier-libre" en vue d'expérimenter son savoir. Que veut dire cette métaphore ? Qu'est ce qui est étrange dans ce tableau présenté par Plat.on ? Qui s'est placé tout près du feu pour bien voir ces prisonniers ؟ Pourquoi l'allégorie a-t-elle séparé les prisonniers des hommes porteurs d'objets et voyeurs du feu, par un petit mur qui empêchait les uns et les autres d.e se voir '? Que signifie la montée rude et escarpée qui sépare les prisonniers des h.ommes portant les objets ? Pourquoi vouloir faire sortir le prisonnier ? Pour le guérir de son ignorance ? Le sortir pour le guérir de son ignorance. Il est ignorant parce qu’il ne voyait pas les objets qui passaient derrière lui. Ne s'agirait-il pas là d'une "ophtalmologie" spéciale ? Comment cette science a-t-elle pris droit de cité dans l'oeuvre de Platon ? Ophtalmologie de Platon Telles sont les questions qui cadenceront notre souffle à travers f interprétation du texte platonicien. Le point de départ nous est donné par Socrate-Platon lui-même : ^laintenant, mon cher Glaucon (...) il faut appliquer point par point cette image à ce que nous avons dit plus haut, comparer le monde que nous découvre la vue au séjour de la prison, et la lumière, du feu qui l'éclairé à la puissance du soleil. Quant à la montée dans la région supérieure et à la contemplation de ses objets, si tu la considères comme l'ascension de l'âme vers le lieu intelligible, tu ne te pomperas pas sur ma pensée,
puisque aussi bien tu désires la connaître".(^) Il serait peut-être très aisé pour nous, de nous substituer à Glaucon. Pour ce. nous de.vons su'ivre les c-onseils du maître. Nous les suivrons parce que notre intention n'est pas de critiquer Platon, ni de le glorifie.r, non plus. Nous désirons ^ulement mettre le doigt sur sa démarche. Si le plafond de la caverne est la voûte céleste, le parterre serait la surface tercestre. Si le soleil symbolise l'Idée Suprême, le voyage du prisonnier serait, comme l'assure justement, Socrate-Platon, un voyage dans le monde intelligible. Nous sommes dans un cercle dont nous ne connaissons que les contours et dont les détails demeurent ignorés. Serrons la question : qtte signifie la olte-face ? Que signifie la montée rude et escarpée ? Que signifie le petit mur ? Que signifient les hommes porteurs de statuettes ? Et les statuettes ? En faisant sortir le prisonnier, "on" nous présentera un spectacle extra-ordinaire. Mais que veut dire re-connaitre les ombres, son image dans eau. les astres puis le soleil '? Ce prisonnier, les connaissait-il avant ? ^mment alors ? Comment se fait la reconnaissance ؟ Tout le corps doit subir un changement spectaculaire à partir de la olte-face, mais quel est l'organe qui reste présent et surtout en la présence de .'Jtt Suprême ? Nous considérons que Glaucon, dont la naiveté était exploitée pendant la nation platonicienne, a pleinement le droit de poser de telles questions. Nous consid-érons même que Glaucon poussant sa naï'veté jusqu'au bout ا'ب: irait se demander (et demander au maître) si cette montée n'était pas une -entée dans un corps. Nous voulons dire un corps humain à partir du bas ventre, ri privilégié des'passions et fureurs dionisiaques, vers le, cerveau, "réservoir" ؛}]٠: gardé des pensées et
idées selon Platon, ou encore une. montée dans un corps a partir du ”bas peuple" attaché à la terre et au travail de la tetre, vers la :ي١خ des savants philosophes. Ce sont certes des questions intéressantes mais "étrangères" à la voie -حج-٠ذ par Platon. N'avons-nous pas accepté de suivre ses ordres, tel le :١ ١٠٠:lier libéré ?
Esthétique et Art Islamique B - DE L’IGNORANCE. Dans les ténèbres, les prisonniers voyaient seulement des ombres. Derrière eux passaient des hommes portant des objets et des statuettes spécialement. Pourquoi a-t-on laissé "objets" dans le flou, et spécifié "statuettes d'hommes et d'animaux" ? Baccon dit : "objets de toutes sortes, mais la traduction adoptée par Heidegger dit : "toutes sortes de choses qui sont visibles'.(9). Le traducteur arabe a placé de son côté un mot très équivoque qui veut dire à la fois "chose et objet", mais il (le traducteur) ne dit pas "visible". Dans son explication du mot ا’objet", Le Robert renvoie à ٠٠chose... Que veut dire alors ٠٠chose ٠ pour qu'elle soit réduite, au flou dans le texte platonicien ? "Chose" qui vient du latin ٠٠causa٠٠ après avoir pris le sens de res en latin juridique, veut dire, selon Le Robert, le terme général par lequel on désigne tout ce qui existe et qui est concevable comme un objet unique (concret, abstrait, réel, mental). En philosophie, la chose en soi : l'être en tant qu'il existe indépendamment des conditions et des circonstances, par opposition au phénomène. Le problème étant posé par la traduction adoptée par Heidegger, nous en confions la résolution à Heidegger lui-même. "Ainsi par exemple, Kant parle de "la chose en soi.' qu'il distingue de ”la chose pour nous", c'est-à-dire en tant que '.phénomène... Une chose en soi est ce qui n'est pas accessible à nous autres hommes, par'l'expérience, comme nous sont accessibles les pierces, les plantes et les animaux. Toute "chose pour nous” est aussi, en tant que chose, "chose en soi”, c'est -à-dire qu'elle est connue absolument dans la connaissance absolue de Dieu ؛ mais toute chose en soi n'est pas chose pour nous. Une chose en soi, c'est par exemple. Dieu, le
mot étant pris ici, comme l'entend Kant, au sens de la théologie chrétienne. Lorsque Kant nomme Dieu une chose, il ne veut pas dire que Dieu soit quelque gigantesque formation gazéiforme qui mènerait son existence quelque part dans l'occulte”.(l0) N'est-il pas clair maintenant pourquoi Heidegger a adopté "choses visibles" ? Ne l'a t-il pas adopte pour sauver le Maître de la confusion ? Pour ne pas rester dans le cercle v-icieux, ne vaudrait-il pas mieux accepter la proposition heideggérienne et continuer ? Accepter que ”chose” voulait dire pour Platon les objets que nous utilisons, par exemple, une théière, un cigare, une guitare, etc... Avec ces "choses", il y avait des statuettes d'hommes et d'animaux. Voilà une situation toute simulée. Le prisonnier ne voit pas seulement l'ombre, mais l'ombre de l'ombre. La statuette n'est-elle pas l'ombre de ce qu'elle représente ? Nos prisonniers ne "savent'] pas que le spectacle qu'ils regardent est l'ombre d'un spectacle simulé. Les hommes dércière le mur, eux, savent ce qu'ils font ؛ sinon ils n'auraient pas levé les statuettes au dessus de leurs têtes en vue de simuler le spectacle, et ainsi, leurcer les pauvres pri'sonniers.La différence entre les deux
Ophtalmologie de Platon groupes d'humains est que le premier (les prisonniers) ne "sait" pas, et le deuxième "sait". La ligne qui passe entre les deux, symbolisées par le mur, les met en opposition. Ainsi avons-nous : savants / non savants. Le savant agit, simule des situations, et l'ignorant subit. L'homme savant sait la science et l'ignorance, il les simule et les crée, tandis que le prisonn'ier ne sait que l'ignorance. Mais comment l'homme savant sait-il ? Il sait par ce qu'il ٠٠voit٠٠ et voit ce qu'il faut voir. c - L.’.EXTRA" COMME IGNORANCE. Approuvé par Socrate, Glaucon trouve ces prisonniers étranges. Il trouve ^me que le tableau, et tout le tableau présenté par le maître est étrange. Mais là rjssi il y a un petit problème de traduction. Alors que Baccon dit "étrange”, la Auction adoptée par -:eidegger dit ..extraordinnaire". Quant à la traduction arabe, elle adopte '.étrange.' د remplace "tableau” par "image". L'étrange c'est aussi l'extraordinaire. Mais qu'est ce qui est extraordinaire liS ces prisonniers ? c'est peut-être leur situation ? Puisqu'ils nous ressemblent, ::us autres humains, d’.'une ressemblance totale”, qu'est ce qui peut être ؛^ordinaire ? L'extra-ordinaire, c'est ce qui sort de l'ordinaire, ce qui est en dehors de :.:dmaire. Extra-ordinaire peut aussi vouloir dire parfait et total. Si alors celui :٠: est devant l'ignorance, qui ne voit que les ombres, est extra-ordinaire, qui ■>تلت: ordinaire ? Jusqu'à présent, le tableau que nous présente Platon met en .٩:en؛e deux types d'humains seulement, à savoir : les savants et les ignorants. Le .:.ن ni serait-il l'ordinaire ? Nous croyons que nous sommes forcés de l'admettre. Ea courbe de l'opposition s'approfondit alors et nous avons : des humains : : ::-ordinaires vi'vant dans la totale et parfaite
ignorance ; et des humains CIS vivant dans la totale connaissance. Platon nous oblige avec lui à écarter 1'étrange et l'extra-ordinaire car nous ١للاح ءons le "voir" clairement. Que faut-il faire alors ? Un "on" va délivrer l'un :ء :^^nniers, à titre d'exemple (pour Glaucon et nous-mêm'es). Ayant le regard -e par les ténèbres (l'ignorance) et accablé par les chaînes, le prisonnier en ١f; Libéré (de l'ignorance) par "on" qui lui ”épurera” le regard, ainsi. Il s'agit de :;prendre à "voir" ce qu'il faut "voir" et dans quelle direction il aurait fallu
Esthétique et Art Islamique ٠٠Epurer le regard... voilà ce qui- prête à confusion dans le domaine de la philosophie,! Tirons l'expression au clair pour "mieux voir”. D - LE TRAVAIL DE L.OPHTALMOLOGUE. "Epurer", dit le Robert, c'est éliminer les éléments ٠٠étrangers٠٠ pour rendre "pur", et éliminer c'est "chasser hors du seuil" • - écarter, faire disparaître, à la suite d'un choix, d'une sélection. • - réaliser l'élimination de (déchets toxiques, etc...) il est question, pour Socrate-Platon, d'eiiminer les éléments etrangers de la vue de ce(s) prisonier(s). "Chasser hors du seuil”, c'est-à-dire, laisser dans l'extra-ordinaire, dans la caverne, ce qui abîme la vue de notre guidé- libéré. En véritable ophtalmologue. Docteur(! 1) Platon ordonne au malade, (ignorant) de tenir son corps dans une position bien paritculière. Puis : a - Détournez-vous de ce que vous voyiez depuis votre enfance et regardez-vers "Moi" b - Avancez sous mes ordres (ma 1-Umière) c - Je commence à épurer votre vue en éliminant les voiles qui vous cachent la réalité (la na.ture des choses). Ensuite : • - Etant 'ignorant, tu es incapable de. re-connaître l'ignorance même. Alors, je t'enlè.ve le voile qui te cachait la réalité de l'ignorance. Regarde les ombres délimitées par la lumière. (Aux côtés de Platon-Socrate et en véritable médecin interne, Glaucon "manifeste un étonnement qui s’éveille”)(!2). Entendons par là qu'il s'agit de la première que.stion en direction de l'être dans sa totalité ! • - Tu vois l'ombre de l'arbre, l'ombre de l'animal, de l'homme, et par conséquent tu vois ton. ombre. Mais qui es-tu ? Il faut t'enlever le deuxième voile pour te. l'apprendre. Regarde bien ton image dans l'eau : tu te re-connais ? "Re"-connais-toi toi-même”. • - "Mais comment e.st ce que je commence à voir
clair mainte.nant” ?(!3) dira-t-il. Le questionnement véritable, commence à s'éveiller. Docteur Platon enlèvera alors le troisième voile et i.nitiera son "guidé” au regard suprême. E't ce n'est qu'ainsi qu'il commencera à voir "ce qui éclaire”. Son regard se dirige vers l'origine de la lumière.
Ophtalmologie de Platon • - Les astres ne peuvent être l'origine de la lumière car ils n'arrivent pas même à éclairer l'unive.rs. L'étonnement étant à son paroxysme, l'ophtalmologue doit maintenant enlever le voile qui reste et tenir le libéré tout droit en direction du soleil. Son regard étant solide et perçant, il peut voir maintenant le soleil. L'origine de la lumière. L'orgine première de la lumière. Maintenant, cher patient, vous pouvez revenir "dans" votre lieu de provenance pour expérimenter votre savoir. Mais quel savoir ? De quel genre est ce savoir ? Il s'agit de l'acquisition d'une manière de voir". Savoir c'est voir".(14) E- L’OREILLE-L.IGNORANCE. "(...) Et si la paroi du fond de la prison avait un éc'ho, chaque fois que l'un :es ۴rteurs parlerait, croiraient-ils entendre autre chose que l'ombre qui passerait levant eux ?"(15). Tout doit être extra-ordinaire pour être éliminé. Il fa,ut tout :uler pour nous présenter ces prisonniers dans la totale et parfaite ignorance. La voix n'a pas d'ombre. Elle ne peut avoir qu'un écho e.n face de l'ombre le la .'chose" opaque. Les prisonniers croyaient-ils que les ombres parlaient ? ١تتلاا attention, la voix-mèmè en écho n'énoncé t-elle pas un discours qui reste le ? Pourquoi ne. pas lui accorder orig'inalite et vérité ? N'était-Ü pas possible : iccorder à ces prisonniers au, moins ce privilège ? Ou bien veut-on nous r~١٠e:gner auti'e chose par là ? La voix serait-elle sans valeur devant l'abscence de origine ? Vaudrait-il mieux voir la source de la voix pour lui accorder ؛licite et crédibilité ? Ne pouvons-nous pas être renseignés par ce qui est induit par l'oreille ? Les fameux prisonniers ne pouvaient-ils pas, dans leur ignorance) recevoir une voix leur venant d'ailleurs, et les infomant sur ى veritable? A
l'exception du passage mentionné, Platon ne reparle plus de la voix تفن., tout le mythe. Et, comme nous venons de le voir tout de suite. Docteur :■'ت:: se comporte en véritable ophtalmologue. Il ne prête aucune attention à : _;e. Veut-il dire par là que la connaissance ne s'acquiert que par le ”voir" ? : r١: ce que nous nous efforçons de démontrer. 1. REDUCTION. fl s'agit bien d'un retour à travers tout le mythe. Même si on ne s'attarde ز. ٠ب ia teminologie platonicienne, et plus exactem la re-connaissance, on ا- ٠٠ :en dénoter un certain mouvement régressif. Le prisonnier n'avait-il pas :Le-face ? Mais ceci ne nous enseigne rien du tout, sachant que la ٠ ٠ s: rhie de Platon est basée sur le Retour. Alors, efforçons-nous de voir dans
Esthétique et Art Islamique sa démarche comment se fait ce retour. On pouvait bien se hâter à la manière de quelques psychanalystes et dire : puisque l'Idée Suprême ou le soleil (Dieu) nous mène vers l'idée du bien et que. Bien, Capital, Chef, peuvent être signifiés par "Pater” en grec (le Père), nous pouvons dire que ce retour se fait vers le père. L'ombre, le double (on peut faire intervenir toute la machinerie du stade du miroir et ses accessoires), la re-connaissance de l'image dans l'eau, seraient alors un petit retour dans la matrice qui nous lie directement au Père. Certes, un tel type d'interprétation pourrait ne pas manquer de consistance, mais le problème philosophique reste à 1'affût, et de loin, des faux-pas de toute démarche anthropo-logique. A la manière de Platon, regardons tout ceci, pro-jeté comme un objet devant nos yeux. La question philosophique s'est-elle éveillée d'elle-même dans le corps "humain" prisonnier ? Tel acte reste inéxipliqué et nous pose beaucoup de problèmes.(ةا) Ceci mis à part, le problème peut se poser dans les termes philosophiques suivants : en mettant le prisonnier en face de la chose, Platon se met du même coup à philosopher. Le questionnement que doit formuler le prisonner, l'étonnement de Glaucon qui s'éveille, devront être attribués à un homme qui se met, en philosophe, en direction de la chose. Nous savons bien que Îà-dessus la facillité n'est point de notre côté. On a souvent pris cet acte (le fait de mettre le prisonnier en direction de la chose) à la lettre et, par conséquent, a-t-on mis Platon (en maître, prophète) en face du prisonnier (disciple). LOn a tiré par la suite une conclusion peu heureuse, consistant en ceci : le concept platonicien est un concept donné et non pas produit 0١ا F- 2٠ CONCEPT PRODUIT / DONNE.
Que le concept platonicien soit donné, c'est l'évidence même, pour l'histoire de la philosophie. Ce qui nous retient dans ce rayon c'est de savoir si la démarche platonicienne, pour saisir ou recevoir le concept, différait de la démarche kantienne ou hégelienne qui, dit-on, produit le concept. Pourquoi accepte-on le mythe comme métaphore et oublie-t-on que le 'soleil qui se donne à la vue pourrait symboliser 1 '"évidence " et la clarté après la recherche et la question méta-physique ? N'avons-nous pas accepté de nous substituer à Glaucon ? Nous devons faire attention pour ne pas être surpris, par le maître, en train de subvertir son système. Soit î
Ophtalmologie de Platon En direction de la chose, (moi) le prisonnier de (mon) ignorance ^e me) pose la question : que vois-je ? Mon ombre, ton ombre, les ombres, les choses. D'où me viennent toutes ces idées ? Mais moi î qui parle, qui dis "je", qui suis-je, moi qui parle et dit "moi" ? ''Je'' doit se re-connaître d'abord, car la première q venue de lui. Se rendant compte qu'il y a plusieurs "je" qui peuvent répondre de manières différentes, Platon découvre cette origine minée par la pluralité des réponses. "Je" doit chercher une autre origine. L'épuration de l'oeil conduirait alors à l'épuration de la chose elle-même. Il faut détruire 'ou il' "faut faire taire" (dit "l'a phénoménologie moderne).) le sens commun et toute la fausse connaissance accumulée autour de la chose. Le geste d’enlever les voiles se transfome en un geste de creuser au fond de la chose. JJne fois la chose creusée, une fois les voiles enlevés, la chose se révélera à nous d elle-même. Elle se révélera dans son fonctionnement interne, c'est-à-dire comme elle ”est". Peut-être même comme elle doit être absolument. Une fois qu'elle nous est révélée, nous la saisissons par le regard (de l'oeil de l'esprit). Mais tout ceci est le fruit d’un travail. Avec le surgissement du mot "travail") ne sommes-nous pas rnis sur le ٠ he min de la "production" ? Ne faudrait-il pas "fixer" le sens de ce mot ? Ne faudrait-il pas savoir quel genre de travail ” ? • -"Travail", enseigne Littré, est le nom donné à des machines plus ou -..:ms compliquées, à l'aide desquelles on assujettit les grands animaux soit pour ferrer quand ils sont méchants, soit pour pratiquer sur eux des opérations ;-cmrgicales. • - Travail d'enfant, ou simplement travail, douleurs de l'enfantement, ou, :٠---::cernent, successions de phénomènes
violents et douloureux dont ب caractérise la fonction de l'accouchement. —É^IM—Ük ...... «Là-Y— ■r ٠-س١ب. ١--ءءهلس- -< • - Peine qu'on prend pour faire quelque chose. Le travail du corps, le :انن. ذ de l'esprit. Le sens du mot travail, dans sa première acceptation, ne nous renvoie-t-il ذ ٠لذ.ب. toute la machinerie déployée par Platon en vue d'assujettir le prisonnier à ir -cuveau mode de vie ? Cela ne constitue-t-il pas le but suprême de la Peidia ؛-::cation) ? Obliger le prisonnier à se retrouver totalement et le forcer à ئ٠: son corps à un autre mode d'être. Faire ce travail, tout en pratiquant sur : lidier (patient) une véritable chirurgie de l'oeil. L rrr chaciinedes chos;s qm :;sf L on 1'0اىجذىأ à force dj ة:ذ ة٠ا à dire ce que c'est".). Sous la force dC la question imposée par زى despote ou par l'intérieur et la souffrance des yeux à cause de la lumière, notre prisonnier sera obligé d'accoucher des idées. A quoi mène toute cette peine ? Elle mène à la cause Première, à l'idée Suprême. "Dans le monde intelligilbe, l'idée du bien est perçue la dernière et avec peine"(20) Soit ! Mais jusqu'ici on n'a nullement été renseigné sur la production. Si nous acceptons que ce qu'a fait Platon sur le prisonnier (ce qui revient à ce qu'a fait. Platon sur lui-même comme étant prisonnier de son ignorance, avant la révélation) est du travail, nous ne serons point capables d'y voir de la prodution. Devons-nous alors tirer au clair ce, que veut dire travailler ? • - Se donner de la peine pour exécuter quelque chose. Faire un ouvrage, travailler de corps, d'esprit. • - Terme mécanique. Se dit d'une machine en mouvement et produisant un el'fet utile. • - Produire un revenu, en parlant d'argent -de biens) placé en spéculation, en prêts..." (Littré) Nous serons plutôt tentés par le
travail du corps et de l'esprit, ce qui nous mènerait sûrement à la spéculation et au spéculum. Si la spéculation comme travail est acceptée, le deuxième sens de travailler, à savoir le sens mécanique, ne sera point exclu. La spéculation, ne tient-elle pas sa validité du spéculum ? "petit instrument pour dévoiler les concavités". (Littré) La production platonicienne finale est le Bien, plutôt l'idée du Bien. L'Idée du Bien est la sanction heureuse et voluptueuse d'un long travail de spéculation et . ء d'élimination de voiles (éléments étrangers, connaissances fausses, sens commun, esprit mythologique, esprit pré-scientifique...) Ce travail est entre-pris dans le but d'arriver à 1'unité première indivisible, "unité étalon" de tout l'être et 1'étant. ........ Que ce retour platonicien soit considéré comme réminiscence (don) ou comme travail (production), ce qui nous y retient est, particulièrement, le travail visuel. Il est peut-être clair maintenant, et à travers tout le mythe, que la connaissance passe par l'oeil. L'ignorance y est décrite comme une illusion du regard. Le mythe insiste sur le fait que l'homme doit utiliser sa tête, mais pas n'importe quelle partie de la tête, les yeux. Esquivant l'oreille au début, le mythe ne nous laisse plus la chance d'apprendre par un autre organe que l'oeil. Ophtalmologie de Platon Que l'oeil soit la boule logée dans l'orbite concave de la boite crânienne, ou l'oeil métaphysique de l'esprit, cela revient à une seule chose, le langage usité est un langage visuel basé sur le décel et l'observation par l'oeil. Ainsi, très tôt, l'esthétique occidentale se trouve bât,ie en filigrane dans les :extes de Platon, comme science du "voir". NOTES Nous suivrons ici la traduction de Robert Baccon. "République" G. Flammarion. 1966. Nous
accompagnera aussi une traduction adoptée par le, traducteur de Heidegger : "La drctrine de Platon sur la vérité" in Question II. ed, Gallimard, Paris 1968. P. 122-130. et :ذ traduction arabe de Fouad Zacharie, Maison de l'écrivain arabe. Le Caire 1968. P. 326-249 3 République, trad, R. Bac. on. P. 273, 274 : :bd. P. 273 • :d. P. 275 : ::d. P. 274 • .::d. P. 274 • .::d. P. 275 d. P. 275-276 • ؛١٠ Heidegger. "La doctrine de Platon sur la vérité" in Question (Il).trad. A. Pérau. ed. G-lIimard N. R. F. P. 123 -؛١٠ Heidegger. "Qu'est ce qu'une chose ?" trad, de J. Taminiaux. ed. Gallimard. Paris. ;:.P. 17 • expression est de Sarah Koffman dans "Nietszche et la scène philosophique", ed. ::١. Paris 1979. P.99 et s q. • ؛١٠. Heidegger. "La doctrine de Platon sur la vérité" . op. cit. P. 122. Cette question est suggérée par Platon lui-même : ٠'(...) si on l'oblige., à force de ;.estions, à dire ce que c'est ? ’’ in "République" op. cit. P. 274 ؛١٠ ٠ Heidegger, in "L'origine de l'oeuvre d'art"op٠ cit. p. 66. 5:. ?ir c'est avoir vu, au sens large , lequel est : appréhender, éprouver la présence du Trsenr en tant que tel". Republique'' op. cit. P. 276. ؛ 5:ئ٠: ٠a philosophie arabo-musulmane, cet acte est attribué à un prophète. Nous croyons Platon l'attribue ici à lhomme politique؛ ainsi mêle -t-il les rôles et laisse-t-il dans i=r:guité ce passage de l'allégorie de la caverne. entre autres, Henri Birault, "Heidegger et l'expérience de la pe.nsée" ed. Galli, Paris Cette reconnaissance (parlant de Kant) ne dérive cependant en aucune façon d'une nscence ou d'un ressouvenil* quelconque. Pourquoi ? Justement parce qu'elle est le fait 3- ٠ : -.cept. d'un concept toujours produit et jamais donné" PP. 252-253 • r aegger en l'occurence, voir aussi Eugène Funk "De la phénoménologie", ed.
Minuit. :19.4 .ي٠ا RiTirlique1' op. cit. P. 274 ٦٦٠3 P 276