DEUXIEME PARTIE LA VISION ARABOMUSLLMANE
"Jadis, on apercevait dans la conscience de l'homme, dans son "esprit؛', la preuve de son origine supérieure, d.e sa divinité ؛ pour parfaire l'homme, on lui conseillait, à l'instar de la tortue, de, retirer ses sens au dedans de lui-même, de cesser toute fréquentation de 1'Ici-bas, de dépouiller son enveloppe mortelle : restait de la sorte l'essentie.! de lui-même, le "pur esprit"." NIETZSCHE 'L'Antéchrist" - P. 23
CHAPITRE I L’EXPERIENCE RELIGIEUSE PREAMBULE Abraham, le père du monothéisme, est revendiqué par l'Islam. Il est même ; ^ré comme étant le père des musulmans. Ils ont dit : 'Soyez, juifs, ou soyez chrétiens, Aous serez bien dirigés" Dis : 'Mais non...! Suivez la religion d'Abraham, un vrai croyant qui n'était point au nombre des polythéistes" Coran 11-135 Ce rapport avec Abraham est surtout basé sur le monothéisme. L'Islam est ~ : ~ême jusqu'à se trouver formulé en tant qu’appelation dans cette tradition . ٠ :*r.d dont dérive Islâm est essentiellement se livrer, se résigner et se .•؛؛:ettre. '"'Etiez-vous présents, lorsque la mort se présenta à Jacob / et qu'il dit à ses : 'Qu'allez-vous adorer après moi ?" :٠١ dirent : Nous adorons ton Dieu, ممل Dieu de tes pères : Abraham, Ismaël et Isaàc, Dieu unique إ et nous nous soumettons à lui " Coran II,' 133
Esthétique et Art Islamique. La traduction est presque littérale et elle ne nous donne pas la possibilité de consonance que donne le texte initial. Nous pouvons donc traduire le dernier fragment ainsi : "Dieu unique à qui nous sommes Muslim- un". A entendre, en ceci Musulmans, pas seulement en tant que soumis, livrés, et résignés. Abraham et sa descendance étaient donc des musulmans avant l'Islam. Ils 1'étaient essentiellement parce qu'ils n'étaient point polythéistes mais adoraient un Dieu unique. Là aussi il y a un problème de traduction. D.Masson, dont nous adoptons la traduction, dit qu'Abraham n'était pas ٠٠polythéiste ", tandis que Kasimirski dit qu'il n'était point du nombre des idolâtres. Quant au texte initial, il ne dit en fait, ni l'un ni l'autre mais, "qui n'était point au nombre des "muchrikin" ... Par "idolâtre", la traduction de Kasimirski se rapproche du t.exte initial, car, selon Lissan Al'Arab, 'le mot charik signifiait, dans la langue arabe anté-islamique, une idole particulière. Lldole en question était surtout adorée comme intermédiaire entre l'homme et Dieu et facilitait le rapport entre eux. Or. chirk veut dire tout simplement associationnisme. En acceptant la traduction de D. Masson nous serons dans l'obligation de considérer que l'Islam combattait essentiellement une religion polythéiste. Par contre, en acceptant celle de Kasimirski, on serait devant une nouvelle religion anti-idoles (icônes). En faisant abstraction d'une lecture historico-culturelle, et e.n se limitnant au texte coranique, l'on verra qu'il s'agit des idoles(Asn5m)). Voici Abraham s'adressant à son peuple : "Il dit: "Bien au contraire! Votre seigneur est le seigneur des cieux et de la terre : il les a créés, et moi, j'en suis témoin..." D'abord un Dieu unique gouvernant la
terre et le ciel puis : "Par Dieu! Je vais dresser des embûches à vos idoles, dès que vous aurez le dos tourné" II, les mit en pièces, à l'exception de la plus grande" Coran XXI, 56-58 Abraham était donc icônoclaste ? c'est du moins ce que le Coran lui fait dire et faire. Le Coran revendique et avec force, cet acte (imputé à Abraham) qui bannit tout regard et toute représentation divine. Qu'en est-il réellement de la tradition abrahamique ? Le père du monothéisme était-il réellement con.tre les idoles ? Est-il réellement contre la vision de Dieu ? LExpérience Religieuse Dès que nous posons la question à la tradition, d'autres questions nous imposées, surtout par le lecte.ur à sensibilité religie-use. Quelle, tradition ? j musulman dirait que la sienne est la seule vraie, car la plus fraiche, tenant sa ~:_meur de la dernière parole divine. Chrétiens et Juifs diront de même. Quant à : ٠.; nous considérons que c'est un. faux problème, car nous n'interrogerons ni le : 7.1: ni la Bible, en tant- que livres célestes, terrestres ou cosmiques. Ils seront ؛ ١ ٢rés re-spectivement en tant qu'expérience de (deux') peuples. - ü TRADITION ABRAHAMIQUE ET LA VISION DE DIEU. Il est dit dans la Bible, que Yahvé interdit à Adam et à la femme de manger ء arbre du bien et du mal. Séduite par le serpent, la femme en mangea et en fit ::ger l'homme, car "la femme vit que l'arbre était bon à manger et séduisant à 7-7. et qu'il était, cet arbre, désirable poui. acquérir l'entendement" (Gen.-III6-7) Automatiquement, les yeux du couple s'ouvrirent et ils se rendirent :.:?te qu'ils é'taient nus. Aussi se cachèrent-ils de la vue d.e Dieu qui se ::menait dans le jardin. Après reflexion, Y'ahvé dit qu'il ne restait plus à .ne qu'à manger de l'arbre de la vie pour devenir Dieu comme "Nous". Yoici ce
qui sème la perplexité ! Que veut dire. ceci. ? Nous aurions pu être rtr• dieux rien qu'en mangeant de deux arbres ? Notre père Adam a manqtté de nager du deuxième. Ceci veut dire donc que Dieu est Dieu parce qu'il est :mortel et par ce qu'il voit et entend (dans le se.ns d’entendement). C.eci nous لا٠::ي١ enlevé (à nous autres humains) ? Yahvé semble ne pas vouloir de cette, clairvoyance. L'homme sera chassé 7 ٠ Paradis et payera chèrement sa faute (une ordalie. ٠(؟ Quelle indiscrétion que de :.ir atte.indre le rang des dieux, et surtout en trichant î Si cette .histoire nous apprend le début du malheur selon la foi biblique, : : nous apprend aussi que le voir et l’entendement sont réservés à Dieu, tout -me "immortalité. Seulement, l’homme a volé une partie de Dieu, il a volé le ; Serait-il admis donc de dire que la religion biblique autorise la vision de )eu'? A travers tout le texte bi'blique, ce problème sera hésitant. On ne saura 2C;1S si Yahvé est d’accord ou non sur le "Voir". De tem-ps à autre il le chatiait ؛ ؛١:ment (était-ce une. humeur ?). Ainsi, il y eut un regard (voir) chèrement Après avoir balayé la terre de toute chair pécheresse -à l'exception des ح ٠ ٠ de l'Arche- Yahvé combla Noé et sa descendance de Bie.ns. Le pêché était J7٠:٠؛ue inexistant, jusqu'au jour où Cham vit la nudité de son père - Noé- qui, ٠7د٠ا !.effet de l'ivresse, était resté, nu sous la tente. Cette indiscrétion fut payée I par le petit fils Canaân. Noé dit : "Maudit soit Canaân ! Qu'il soit pour ses frères le dernier des esclaves" (Gen IX. 25) Abraham est de la descendance de Sem, celui qui ne vit pas la nudité du père. C'est dans la descendance des discrets que, Yahvé ira chercher ses interlocuteurs parmi les humains. "Quand Abraham etit atteint qttatre vingt dix-neuf ans, Yahvé
lui apparut et lui dit : "Je suis El Shaddaï, marche en ma présnece et sois parfait". (Gen. XVII. 1.) Ainsi, Abraham reçoit-il l'ordre de Yahvé. Se soumettra-t-il comme il est dit dans le Coran ? L'ordre est clair : "Marche et sois parfait". Il lui parle, mais. Le voit-il ? Il n'est pas évident que l'apparition dont il est ici question soit un "voi.r" par "l'instmment" de l'oeil. Avançons prudemment. "Abraham avait quatre vin.gt dix-neuf ans lorsqu'on circonc.it la chair de son prépuce.' (Gen. XVII. 24.) Là, il nous semble aisé de retrouver la soumission et la résignation d'Abraham. L'acte symbolique de se couper la verge en signe d'alliance avec Yahvé, ne représenterait-il pas une soumission ? L'Islam reprendra cette tradition et l'imposera implicitement sans texte clair. Nous pouvons dire avec le Coran qu'Abraham s'est résigné (Istaslama -s'est rendu-) ou Aslama (devenir musulman). Par le monothéisme et par la résignation. Abraham est Î.ancêtre de l'Islam. Seulement, en ce qui. nous concerne, ce fameux père, était-il icônoclaste ? Ou, du moins, croyait-il que Dieu (Yahvé) était tellement transcendant qu'il ne. pouvait Le voir? Un jour, il faisait très chaud, et Abraham ne pouvait rester à l'extérieur de sa tente. Soudain : .'Ayant levé les yeux, voilà qu'il vit trois hommes qui se tenaient debout près de lui. ؛ dès qu'il les vit, il courut de 1'entrée de la tente à leur rencontre et se prosterna à teire . Il dit : .’Mon seigneur, je t'en prie, si j'ai trouvé grâce à tes yeux, veuille ne pas passer près de ton serviteur sans t'arrêter." (Gen. XVII.2). A-t-il vu Yahvé ? Ici, une, note explicative nous fait part de l'hésitation de ce passage dans plusieurs traductions. Peut-être aurait-il fallu voir le texte hébraïque ? Le texte français (chrétien en général) ne veut-il
pas mettre l'accent sur le mystère de la Trinité ? De toute manière, selon la Bible, Abraham a vu Dieu, il l'a même invité à manger, à se reposer et à se laver les pieds. Que ce soit une incarnation ou Dieu L'Expérience Religieuse r: chair et en os, l'Islam considérera ceci comme une aberration et une :^sification du texte sacré -la Bible-. Cette tradition fut transmise à la descendance d'Abraham. Juifs, Chrétiens ٠ي Musulmans se disputent la soumission. Qui s'est soumis réellement à Dieu ? ;؛:٢ n'a pas osé lever les yeux pour dire non à l’holocauste ? "Abraham prit le bois de l'holocauste et le chargea sur son fils Isaac" (Gen.XVII. 6.) Le texte coranique dit uniquement : son fils, sans le nommer ؛ mais les editions populaires dans le monde arabo-musulman attribuent l'holocauste à ;.“lael. considéré- comme 1'ancêtre des Arabes. Les histoires populaires vantent la :١: mission du fils qui a tenu à ne pas lever les yeux vers le père, en vue de ne ١::ب lui faire croire qu'il n'était pas prêt au sacrifice. M01.se est de la descendance d'Isaac. A-t-il hérité la discrétion de ses üêrre ? Yahvé a pluôt tendance à se cacher et à se montrer très fort. Mais l'envie :e voir, de déceler, de contempler Yahvé, reste comme un -fond dans le texte • -hque, et comme une question refoulée par la descendance de Noé et : Lbraham. Elle fera surface par intermittence. Déjà avant Mo'1'se, Jacob passai.t la • ٠:! dans sa tente, seu.1, "Et quelqu'un lutta avec lui jusqu'au lever de l'aurore" ئ XXXII. 25) Yahvé a choisi de se cacher (ou l'homme veut le cacher), il se révélera à ١٠':■:se sous forme de lumière (ou de feu). Il lui parlera mais toujours sans ٢:emédiaire."Moïse se voila la face, dans la crainte que son re.gard ne se fixât sur :.eu/ÏEx. III. 6) Parallèlement à ce désir de vouloir
cacher Dieu, de le rendre invisible. Moïse se voila la face), il y a une tendance, mainten'ant, chez Yahvé, à devenir mlosophe. Il ne veut plus avoir un nom. Il cherche à nuancer sa transcendance r. son universalité. "Mais s'ils demandent quel est son nom, que leur répondrai-je ? "Dieu dit à Moïse : "Je suis celui qui suis" et il ajouta "Voici en quels termes tu t'adresseras aux enfants d'Israël : "Je suis” m'a envoyé vers vous” (Ex. III. 13-14) La traduction arabe de la Bible dit "Je suis celui qui est” Ç'est" dans le sens le : être et du devenir "Al Kaï.n”). Celui qui est m'a envoyé vers vous”(؛) Après la délivrance et lairivée au Sinaï (l'ascension vers la vérité en fait), : ih١ é va apprendre à Mo'ïse comment l'adorer. On ne dit pas encore que Yahvé :٠: le seul Dieu des terres et des cieux (Dieu de l’univers-universel). On ne dit زغ:ب non plus qu'il était celui de tous les peuples. II, commencera ,par dire à Moïse de ne pas adorer d'autres dieux que lui. de ne pas se faire, d'images sculptées. L'image est interdite, qu'elle soit pour représenter Dieu ou autre chose (Ex. XX/3). Ceci est une interdiction implicite de limitation de lacte de la création. Yahvé s'impose comme le Dieu capable de ...... ; .... ........ ٠ ر jp ٠ P faire des miracles. Ceci poussa Jethro, le beau-père de Mo'ïse à dire : "Je sais maintenant que Yahvé est plus grand que tous les dieux" (Ex. XXVII. 11) Ceci est une reconnaissance étrangère car Jethro appartient à un autre peuple. L'universalité de Yahv.é commence à devenir claire. Grand, transcendant (ou presque), tel est Dieu de l'Exode. Non seulement Dieu tend maintenant de plus en plus à devenir un concept, mais tout regard se dirigeant vers lui, cherchant à le Scruter, causerait : la mort au regardeur. Jusqu'à Mo'ïse, le regard n'était
point un danger. Dieu pouvait même descendre et lutter avec les humains. Jacob n'avait-ü pas dit : "...j'ai vu Dieu face à face et j'ai eu la vie sauve" ? (Gen. XXXII.3) Pourquoi Yahvé est-il alors de'venu pudique ? Pourquoi cherche-t-il à s'éloigner de ses adorateurs ؟ Mo'ïse ne mourait-il pas d'envie de le voir ؟ Non seulement il l'en avait privé, mais aussi : "Tu ne. peux pas voir ma face, c.ar l'homme ne peut me voir et demeurer en vie" (Ex. XXXIII.20). Ceci veut-il dire qu'on pouvait le voir autrement ? Sa face, est-elle sacrée ? Ne pouvait-il pas accorder à ce fils d'Israël un seul moment d'admiration ? "...Tu me verras de dos ؛ mais, ma face, on ne peut la voir" (Ex.XXXIII.23). c'est la face qui est donc invisible pour Moïse. On pou٠vait presque tout voir jusqu'à l'expérience de Moïse.. Dieu était abordable, il avait même, les comportements des humains, se trompait et reconnaissait sa faute. Il ne voyait pa.s certaines choses : ؟ippora, ne l'avait-elle pas leurré en simulant une circoncision de Moï.se ? (Ex. IV.25) Avec Moïse, la face s'est voilée et Yahvé commença à se manifester en grande fanfare, il se révéla sur le Sinaï : flammes, tonneree, nuages, le peuple croyait que la terre allait se fendre. En dépit de la face cachée, beaucoup de côtés de Dieu restaient découverts : le dos, la parole, sans intermédiaire, le doigt ("Yahvé lui re-ndit les deux tables de pieree écrites du doigt de Dieu " (E.x . XXXI. 18). On voit la trace de- Dieu et en plus, il semble encore imparfait, car il peut répéter ses actes, se mettre en colère. Du côté de l'homme, Mo'ïse insiste sur l'envie de voir Dieu. Quoique refoulée et catégoriquement éc.artée et menacée, cette envie demeurera le souci d'une fraction du peuple de Dieu , celle qui prit la route du couchant (Occident). C'est
vers l'Occident de la Terre Sainte que Dieu va s'incarner dans un homme : Le Christ. Indiscrétion ? Vérité ? L'Expérience Religieuse En lout état de cause, le "vouloir voir" et l'''aller jusqu'à réaliser ce qui : ذ : le souhait de Moi'se "ont triomphé. "Car il n'y a rien de caché qui ne يف :enne manifeste, ni rien de secret qui ne doive être connu et venir au grand ٠-- Saint Luc (VIII. 17)). Que l'on célébré l'oeil donc et qu'on le chante. L'oeil a triomphé. La lampe du corps, c'est l'oeil. Si donc ton oeil est sain, ton corps tout entier sera dans la lumière. Mais si ton oeil est malade, ton corps tout entier sera dans les ténèbres" (Saint Mathieu (VI. 22.23) ٨ussi, ce triomphe du voir et le "voir" qui s'est déjà formé sous le nom de غ philosophie (spéculation) dans la Grèce antique, se sont embrassés et enlacés ٥ grand dommage. Qu'en est-il donc de l'autre fraction du peuple de Dieu ? Celle qui a choisi : Le: en Orient, au désert ? NOTES une note, les traducteurs de la Bible trouvent cette nouvelle nomination de Dieu dans ذ racine même de son premier nom : Yahvé qui, abrégé, se dira Yaho, Yah. Dans ces :ةد٠ abrégés, affirment-ils, il semble y avoir une forme archaïque du verbe "être". Ceci .:.;s expliquera peut-être deux choses : 1. / les mystiques musulmans appelaient Dieu Huwa. Huu" (littéralement celui qui est, ou, il est ce qu'il est). 2٥ / le nom du Dieu de :؛:am est ALLAH qui vient de Ilah, auquel nous n'avons trouvé aucune racine sûre. Il mit que ceci pourrait venir de ALIHA, verbe qui. signifierait (entre autres) être fasciné. r:١cmé surtout par la majesté et la grandeur de quelque chose, la majesté et la grandeur bien sûr un privilège de Dieu. Par ailleurs, quand les Arabes adoraient le soleil, ils allaient ILAHA, forme féminine de ILAH (Dieu). Ceci nous
fait penser que : il s'agit :eu:-être du même Dieu (Yaho, Yoh, Yahvé, celui qui est). ISLAM Il - RELECTURE DE LA TRADITION ABRAHAMIQUE. Partant de l'idée que la Bible a été contrefaite, le Coran se proposera donc de la rectifier. Ainsi, tous les ré-cits nairant la rencontre avec Dieu seront repris d'une manière- rigoureuse, et reformulés selon la nouvelle vision de Dieu. D'abord, le prophète n'est qu'un simple homme que Dieu a choisi parmi :es humains, et. donc il ne peut parler directement à Dieu. L'intermédiaire ؛ im۴se٠ Si Dieu ne parle pas directement aux humains, il serait impensable de : imaginer se manifestant à eux. Ainsi, Abraham n'a nullement vu Dieu comme il est rapporte dans la Bible (Gen. XVIII. 2), mais "Nos envoyés apportèrent à Abraham la bonne nouvelle" (Coran XI. 69) Ce sont donc des anges qui viennent parler aux hommes. Tous les récits de .encontre ou de parole seront repris avec le même souci d'épuration de tout esprit epiphanique. Ce n'est évidemment pas directement qu'Abraham reçut l'ordre ذ immoler son fils, mais dans un songe. D'autre part. Abraham, homme intègre r. vrai croyant, ne trompera pas son fils, il lui déclarera son intention de le ^rifier avant les prépartifs. Le fils acceptera l'ordre divin. Le seul prophète qui ait parie à Dieu sans intermédiaire est Moïse. Il est ت ailleurs nommé par la tradition musulmane "Kalim U ALLAH" (l'interlocuteur :ي Dieu ou le confident de Dieu) (Coran XIX. 52) ؛ mais il n'a vu Dieu ni de :■٦{é٠ ni de face, ni de dos : au contraire, son indiscrétion allait lui coûter très iier : Lorsque Mo'1'se vint à notre rencontre et que son seigneur lui parla, il dit :
"Mon seigneur. Montre toi à moi pour que je te voie." Le seigneur dit : "Tu ne me verras pas, mais regarde vers le Mont : s'il reste immobile à sa place, tu me ve-rras" Mais lorsque son seigneur se manifesta sur le Mont, Il le mit en miettes et Mol'se tomba foudroyé" (Coran VII.143) Si Dieu se manifeste par un quelconque événement, vous perdez le regard. Il est clair que le Coran prépare ici une autre manière de la transcendance d'Allah. Cette demande de voir Dieti, formulée par Mo.i'se, sera reprise par la mystique musulmane qui y verra tout simplement une métaphore divine(l). C'est un Dieu qui, apparemment, ne peut être vu. Qui est ce Dieu ? le "qui" et le "quoi" relèvent de la quiddité, peut-on déterminer ce Dieu ?(2) ALLAH -AUTO-DEFINITION. "C'est lui qui a fait descendre sur toi 'le livre. on y trouve des versets clairs -la mère du livre - et d'autres obscurs" (Coran 111.7) Peut-on l'appeler "celui qui a fait descendre 'le livre" ou "celui qui parle" ou encore "celui qui écrit" ? Si c'est la seule définition, devrons-nous chercher son texte pour le définir ? Le Coran est bien sa parole, son écriture ؛ notre référence sera donc son discours sur lui-même. Nous serons sur le chemin de !'interprétation. Pouvons-nous assume.r cett.e tâche à la manière, moderne en rattachant le texte à une réalité quelconque ? "Ceux dont les coeurs penchent .vers l'erreur s'attachent à ce qui est obscur car ils recherchent l.a discorde et ils sont avides d'interprétations..." (Coran 111.7) Toute interprétation (si on n'interprète que l'obscur) est donc, selon le Coran, condamnée. Si nous essayons d'interpréter, nous serons des calomniateurs qui cherchent à dénaturer la parole divine.
Esthétique et Art Islamique rapport avec les choses et la nature ni avec les hommes et tout ce qui est voué à la disparition. Mais, il ne faut pas croire que ceci est une imperfection. Qui est capable de le générer ? Ni ange, ni dieu n'en sont capables. Si nul ne l'engendre, c'est parce que nul ne lui est égal. Il est l'Unique. L'Un. Généré ou être généré est un accident qui, ajouté à un corps, le voue au mouvement. Habité par le mouvement, tout corps ne peut qu'être changeant. Or, l'être divin est Un jusqu'au moindre détail. Il est indivisible (؟amad), n'a pas la fissure de la doublure par laquelle peut se faufiler le mouvement et le temps, "؟amad" est, selon Lissan Al Arab, "un corps dense qui ne raisonne pas". Ce corps unique, indivisible et impénétrable, où est-il caché ? Ne pouvons-nous pas le voir ? Comment se fait-il alors qu'Abraham l'ait vu ? Abraham ne l'a pas vu. Abraham, tout comme Mohamed et Moïse, avait une prédisposition inscrite à l'avance sur la Table Gardée, à la prophétie, c'est Abraham lui-même qui découvrit 1'unicité et l’impénétrabilité de Dieu : "Lorsque la nuit l'enveloppa, il vit une étoile, et il dit : "voici mon seigneur." Mais il dit lorsqu'elle eut disparu : "je n'aime pas ceux qui disparaissent" (Coran VI. 76) C'est par prédisposition qu'Abraham se mit à chercher un Dieu à l'extérieur des idoles de son père et de sa tribu. Ne les avait-il pas toutes cassées ? Le Coran ne nous dit pas si Abraham s'était interrogé sur la plante, le feu, l'eau. Il commença (selon le Coran) par lever les yeux vers le ciel et scruter les étoiles. Il fera la même chose avec la lune et dira, après qu'elle eut disparu : "si mon seigneur ne me dirige pas, je serai au nombre des égarés" (Coran Nil?) En allant toujours vers le plus grand et le plus brillant, il
visera le soleil qui s'éclipsera à son tour. Là, Abraham désavoua tout ce que son peuple associait à Dieu et dit : "Je tourne mon visage, comme un vrai croyant,(^) Vers celui qui a créé les cieux et la teire" (Coran VI. 79) Voici donc la biographie spirituelle d'Abraham telle que le Coran l'a comprise. Abraham commence par se détourner des images (simulacres) en cassant les idoles. Au deuxième moment de la quête de la vérité, il se détourne de tout ce qui est terrestre pour chercher une divinité céleste. Mais comme par hasard, ni nuage ni tonneire, ni oiseau ne retiendront son attention, c’est ce qui brille qui l'attirera. L'étoilé est écrasée par la lune et cette dérnière par le soleil ؛ car, étoile et lune détiennent leur lumière du soleil. Il aurait pu s'arrêter au soleil. L'Expérience Religieuse Le soleil éclaire l'univers, il est, par là, universel. Il fallait à Abraham un Dieu plus fort, le soleil étant vu, contourné et apprivoisé, il peut être caché par les .-ages. "Je tourne mon visage vers celui qui..." ؛ celui qui est au delà du soleil, :ح fait bouger, le fait tourner, et que la lumière m'empêche de voir. En tournant son visage, il se détourne de tout ce qui est nature (physique), vers ce qui jurait être au delà de la nature (méta-physique). Le corps détourné prend un tournant ainsi que la pensée religieuse. Aveuglé par le soleil, L'Abraham coranique se tourne vers l'invisible. Le soleil comme étape pré-divine nous fait ^nser, en tenant compte de la métaphore solaire, à un décollement de la rétine. La rétine décollée. Abraham ne voit plus que le noir (aile blanc). Le voile et la :ecité s'installent. Et à Dieu de dire : "Tel est l'argument décisif que nous avons donné à Abraham contre son peuple" (Coran VI. 83) Ce n'était pas une expérience personnelle,
choisie et assumée dans ses -oindres détails, c'est Dieu en fait qui lui dicta tout. Abraham n'a fait que se ligner. Pour voir Dieu, il suffit donc de suivre le chemin d'Abraham. Mais même r. :ح suivant, tout en évitant de se faire abîmer la vue, peut-on le voir ? Abraham :e la pas vu ؛ mais dans son texte il dit : "Il est le Premier et le Dernier Celui qui est apparent et celui qui est caché" (Coran L.VII,3) Dieu est apparent, seulement, on ne peut pas le voir ؛ car : Les regards des hommes ne l'atteignent pas"(Coran VI. 103) On ne peut pas le définir non plus, car "Il est élevé à une grande hauteur, ^-dessus de ce qu'ils disent" (Coran, XVII: 43) "Gloire à Dieu, très éloigné de ce ٠ ذ Ls imaginent (Coran XXXVIII, 159). Impénétrable, incontournable, et inimaginable, tel est le dieu de l'Islam, ::mment pourrait-on alors en avoir (ou espérer) une quelconque connaissance :.:■ssible, surtout quand on sait qu'il est la cause de toute chose, qu'il est la r.T.éi surtout si : "Il est Dieu ئ créateur celui qui donne un commencement à toute chose : celui qui façonne" (Coran L IX,24). Il est le créateur dans le sens où il fait sortir les choses du néant. Il est celui qui façonne (Al Musçawir). Il est le formateur même dans le sens plastique du mot. Il est donc le Principe de toute chose, s'il est donc incontournable, comment toute refléxion serait-elle possible ? NOTES • Voir plus loin • voir le chapitre sur la philosophie arabo-musulmane et la réponse dTbn Sina • Hassanein Mohame.d Makhlouf en a recensé 99. Voir "Les noms les plus beaux de Dieu" Le Caire 1980, en Arabe. • Ibid. Idem. P. 71 • Le texte initial ne dit pas "comme un vrai croyant" mais plutôt "en vrai croyant" (Hanif), qui est rendu par orthodoxe dans la traduction de Kasimirski.