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📝 Résumé

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Moulin El-Aharoussi. Moulim Samahni. Moulim El-Aharoussi, professeur à l'université Hassan II de Casablanca, écrivain et philosophe, docteur en éthique, esthétique et politique à Paris 1, docteur d'État sur le thème de l'amour à la beauté et professeur associé dans plusieurs universités, En Europe et dans le monde arabe et auteur de nombreux ouvrages, dont Esthétique et art islamique, les tendances de la peinture contemporaine marocaine. J'espère que j'en oublie pas. Et en collaboration avec Khatibi, peintre de Douqela, Don de la terre, Rabi, la lumière de l'ombre. Sa communication porte sur le voyage de Delacroix au Maroc, de l'anecdote à la découverte de la lumière. Merci. Madame la Présidente, je remercie l'Académie du Royaume du Maroc, principalement Monsieur Abdjelil Ahjoumri, le secrétaire perpétuel, ainsi que l'équipe qui l'entoure et qui a piloté cet événement. Et nous avons, depuis le commencement de cette séance, vu les témoignages, De reconnaissance et d'amitié à ce propos. L'orientalisme en Europe, il me semble, et en France plus particulièrement, parce que c'est ce qui nous intéresse ici, était plus qu'une tendance, mais une vogue dans la société. L'orientalisme est venu presque pour remplacer ce penchant pour Athènes et Rome, les Antiques. Mais comme tous les peintres ne pouvaient pas voyager, ils prirent alors comme référence de base les textes historiques de voyages ou de fiction. Parmi les textes qui ont inspiré les peintres orientalistes et Delacroix, plus particulièrement celui de l'une des grandes figures du romantisme littéraire anglais, Lord Biron, et spécialement Don Juan, dont je vais parler, ou le héros espagnol. Aventurier et fait prisonnier, vendu comme esclave avant d'être introduit dans le harem du sultan turc. Bien sûr, c'est de la fiction, car la favorite du roi, selon la fiction toujours de l'écrivain, en passant par le marché, un
jour, l'avait aperçu et avait décidé de l'avoir pour elle-même, pour son propre plaisir. On le déguisa sous les habits et les apparats, Du nodalisque et on le fit introduire auprès de la sultane. Le livre est tellement bourré, excusez le terme, de précisions et de détails qu'il était devenu la Bible des peintres. Sans voyager, ils avaient l'impression de vivre au milieu de la chair fraîche entassée. Je ne sais pas si Rubens avait lu ça, mais en tout cas, c'est ce qui est dans le texte. Et cette chair exposée à la dégustation du sultan, en témoigne ce passage où Don Juan raconte de l'intérieur ce qu'il voit. Le livre est volumineux, mais il est exquis. Lola était brune comme l'Inde et aussi ardente. Katinka était géorgienne au teint de lys et de rose. Avec de grands yeux bleus, des beaux bras, une belle main et des pieds si mignons qu'on eût dit qu'il n'était pas fait pour fouler la terre, mais pour effleurer sa surface. Les charmes de Doudou semblaient n'avoir pas de meilleur encadrement qu'un lit, car elle avait un certain air d'embonpoint, d'indolence et de longueur. Mais elle était d'une beauté à vous faire tourner la tête. Il ne décrit là que trois odalisques. Parmi plusieurs qui emplissaient les grands couloirs du palais où elles sont logées dans les chambres, dans des chambres individuelles, il y a un mélange tellement pittoresque dans la tête de l'écrivain qu'en parlant de la Turquie, on le voit emprunter des éléments à la vie d'autres pays et au Maroc plus particulièrement. Delacroix s'était inspiré de cet auteur pour réaliser son œuvre fondatrice, La mort de Sarda Napal. 1827, quelques années avant l'arrivée au Maroc. Dans ce tableau qui porte le même nom que le livre, il avait utilisé tous les ingrédients de la peinture orientaliste et que le peintre de sa tendance allait utiliser à sa suite. Parce qu'il faut dire que Delacroix a marqué la peinture
orientaliste et il a pratiquement donné la grammaire. On a entendu quelques. Justement, précision sur ce point. Alors, la tendance à utiliser, comme je dis, à la suite de Delacroix, c'est la violence et la sensualité, la mort et le nu. Mais d'où justement lui venait à Biron tout ce mélange d'images et d'illusions ? Parce que le livre de Biron y est pour quelque chose. Les idées reçues sur l'Orient, et surtout arabes, se sont développées depuis le Moyen-Âge. Et surtout au contact des Européens avec les Arabes pendant les croisades. Ici, je cite un excellent ouvrage de Hicham Jayd, L'Islam et l'Europe. Les théologiens chrétiens à cette époque, et dans un but de mobilisation des combattants, mettaient l'accent sur le complexe penchant des Arabes pour le sexe, en donnant comme exemple le prophète Mohamed lui-même, qu'on présentait comme un homme libidineux, N'ayant de soucis dans la vie que pour la chair féminine. Je tire ça du livre de Hicham Djaïd. À cet imaginaire déjà favorable sont venus s'ajouter d'autres textes fondamentaux. N'oublions pas que Les Mille et une nuits étaient déjà traduits et étaient considérés comme un livre relatant la vraie vie des Arabes et surtout celle du calife Haroun al-Rachid. Certes, ce livre donnait une certaine idée de la femme dans ces milieux. Delacroix allait donc venir au Maroc 8 années après, comme j'ai dit, après la réalisation de ce tableau, L'amour de Sarda N'apal, il venait à la recherche de ce monde fabuleux, fait de sang et d'érotisme. Mais les femmes qu'il cherchait sortaient tout droit des 1000 et une nuits, comme j'ai dit. Et la femme, dans ce livre, a une forte personnalité. Elle va jusqu'au bout dans la réalisation de son désir. Je parle des 1000 et une nuits. Elle dépasse les limites de la foi et affronte tous les dangers pour obtenir le cœur de son bien-aimé. C'est cette femme libidineuse, voire, entre guillemets,
excusez-moi, mangeuse d'hommes, que venait chercher l'orientaliste. On ne sait par quel tour magique cette femme des milles nuits orientales, voire même persane, était devenue, dans le livre de Biron, marocaine ou maghrébine, dans l'imaginaire. De l'écrivain et des voyageurs, artistes et écrivains. Je reviens à Don Juan. Quand Don Juan échoua sur la plage d'une île grecque, propriété d'un pirate, il tomba amoureux de la fille de ce dernier. Aïdé, c'est son nom. Et voici comment le l'écrivain la décrit. Elle n'était pas de ces femmes qui pleurent, se désolent, s'emportent, puis se calment. Et se laissent dompter par ceux qui les entourent. Non, sa mère était une mort de Fès, où tout est un éden ou un désert. Là, l'olive fait pleuvoir ces flots d'ambre dans les bassins de marbre. Là, les grains, les fleurs et les fruits jaillissent de la terre et inondent le pays. Le portrait que dresse Lord Biron de la femme marocaine, de la mer déjà, Crée l'envie chez les orientalistes et les incite à la conquérir, à la dompté. Surtout qu'elle est une femme dans leurs fantasmes délaissés, même quand elle est la favorite. Un homme qui a 4 femmes en plus des concubines n'a pas le temps de satisfaire l'érotisme débordant de ses femmes. C'est à Laurence Durel que je laisse le soin de nous parler justement de la femme berbère dans l'imaginaire. Lorsque j'étais au Caire, il y a bien longtemps, mon professeur d'arabe m'a fait connaître de nombreux poèmes qui exaltaient la beauté des femmes de l'islam, l'islam en général. Le poète parlait des filles éthiopiennes timides comme des gazelles. Mais de la berbère libertine à la chevelure rude et raide comme le poil du sanglier, elle était audacieuse et violente dans l'amour. Capable de stimuler les hommes âgés et inertes. Je m'arrête là. Venaient ensuite les pales égyptiennes évanescentes, telles des plantes aquatiques à la chair de citron, mais
froides comme des serpents, ainsi de suite. Mais l'image de la berbère, elle est comme ça. Cette vision idéalisée jusqu'à l'absurde, je dirais, dans le fantasme occidental de l'époque, allait vite être mise en déroute par le voyage de Delacroix au Maroc. D'abord, il n'est absolument pas autorisé à pénétrer dans les appartements des femmes. Ensuite, tout Marocain musulman se refusait à se faire prendre en images, encore moins les femmes. On a vu que par rapport à une iconographie abondante, surtout photographique, après la pénétration française en Algérie, il y avait des photographies de femmes et de harem, c'était des mises en scène avec des prostituées en général. Même si on a voulu faire croire que c'était des Juifs, mais bon, c'est des prostituées plus exactement. Donc les femmes que la croix croyait rencontrer, comme dans les romans, n'existaient pas. Il lui fallait partir en Algérie, selon les chroniques, pour pouvoir rentrer dans les appartements des femmes et se rendre compte qu'elles n'étaient guère différentes des femmes de l'Europe lorsque Delacroix débarque à Alger. Il se dépêche de demander à un ami, à lui, le directeur du port, un certain Poiré, de lui trouver la possibilité d'entrer dans un harem. Poiré demande à un ancien corsaire, toujours les corsaires derrière cette histoire, de l'y conduire. De sa visite est sorti son célèbre tableau, Femmes d'Alger 1834. Mais qu'est-ce qu'il a vu au juste ? Voici ce qu'il en dit lui-même dans son journal. C'est beau comme au temps d'Homère. La femme dont le jean essaie, s'occupant de ses enfants et brodant de merveilleux tissus. La femme, comme je la comprends, désillusion, les femmes ne l'ont pas achetée ni enlevée, comme la sultane dans Don Juan de Lord Biron. Pourrait-on expliquer dans ce sens, il y a une absence, si vous voulez, sur le plan de l'iconographie érotique de sujets marocains dans les le chez les
orientalistes. Mais il y a autre chose. Les orientalistes venus après Delacroix se sont intéressés plus à la lumière, aux traditions et au luxe des objets. Et c'est ce que je vais expliquer tout de suite, car Delacroix n'est pas rentré sans rien. Il a bien satisfait un autre besoin artistique cette fois-ci sur le plan technique, la peinture. Elle traitait l'ombre, composante fondamentale dans la représentation et l'interprétation des objets, des êtres et des espaces. Elle l'a traité selon une vision, si je puis dire, théologique, manichéenne. On comprenait l'ombre comme une absence de lumière et donc on la représentait en noir. C'est comme si on opposait la lumière aux ténèbres. L'ombre était considérée comme une annihilation de la lumière, une négation de la lumière. La peinture, surtout dans la partie nord de la Méditerranée, à supposer que elle n'a pas existé dans la partie sud. Mais ça, c'est un autre débat. Tirer l'idée de la lumière de la religion. Il va sans dire que les 3 religions monothéistes trouvent leur origine dans la lumière. Il n'était donc pas étonnant de voir les vénérables personnages de la religion, surtout dans ce qu'on a appelé la peinture chrétienne, représentée en or alors que les forces maléfiques opposaient en noir. La tradition s'était installée et même quand on a abandonné l'or dans la peinture, on l'a remplacé pour garder l'éclat de la lumière. On l'a remplacé par la couleur pour exprimer la vie, la clarté. Mais on appliqua le noir au mystérieux, au caverneux, à l'obscur et au non allucidé. Parallèlement, la recherche scientifique qui est tardive sur ce point là. Dans le domaine de la chromatologie faisaient, à partir de la fin du 17e siècle, des avancées qu'on peut qualifier de considérables. De nombreuses recherches ont été publiées. On évoque à ce propos justement de la loi du contraste simultané des couleurs et de l'assortiment des
objets colorés de Michel-Ange Chevreul en 1839. Mais ce ne sont que des expériences laborantines, donc elles n'étaient pas exposées à l'expérimentation dans la réalité. Et si les expériences scientifiques oublient ça, justement de dimension chimique de la pâte picturale que seul l'artiste est en mesure d'expérimenter, l'histoire n'a pas oublié qu'Eugène Delacroix, qui était déjà préoccupé par ce phénomène technique, Avait tenté plusieurs fois de trouver une solution à la saleté de sa palette. En effet, en tant que romantique, traquant l'instant et l'émotion dans sa fraîcheur, il n'avait nullement le temps de préparer sa cuisine chromatique comme il le comme le faisait ses contemporains, à part avant de l'appliquer au travail. Et lui, il mélangeait ses couleurs sur la toile même cette provision de couleurs. Lui révélait des phénomènes inexpliqués. Sa palette restait quelque peu sale, comme il le disait lui-même. Mais comme par miracle, et dès 1832, date de son voyage au Maroc, parce qu'il est venu en janvier, je crois, parce que je ne suis pas historien, cette prétendue saleté allait disparaître. On le voit très bien dans le tableau exposé à l'entrée, même si c'est juste une photo. En fait, Eugène Delacroix avait abandonné les ombres noires à partir de son voyage en 1930. Des ombres noires et grises. Ces ombres étaient prisées à l'époque romantique. À ce propos, les historiens aiment beaucoup comparer, je crois qu'ils ont raison, le Radeau de la Méduse de Théodore Géricault de 1819 et le lumineux, Les femmes d'Alger dans leur appartement de Delacroix en 1834. Delacroix avait ainsi rejeté, après son voyage au Maroc, les tons terreux, riches en bitume, dans les ombres, et pratiquait déjà les mélanges des complémentaires pour créer des ombres colorées, comme il le décrit dans son journal. Il n'y a pas d'ombre, il n'y a que des reflets. Ça, c'est un mot clé et capital et
c'est une révolution dans la peinture. Où, en ajoutant une couleur à sa complémentaire, on produit la demi-teinte nécessaire. C'est ça ce que Delacroix a récolté du Maroc. Il faut alors savoir que le voyage au Maroc en 1932 a confronté le peintre à une lumière et à des couleurs totalement différentes de celles de Paris ou du nord de la Méditerranée. Un soleil qui donne, À toute chose, une vie pénétrante. Ça, c'est le terme d'un historien de l'art marocain, Maurice Arama, qui a beaucoup travaillé sur justement Delacroix. Il profite alors de son séjour au milieu du paradis, de ce paradis lumineux de lumière et s'adonne à l'aquarelle. C'est là où surgit, devant ses yeux, l'évidence que l'ombre est colorée et non pas noire. Elle porte l'effet de la couleur dont elle est l'ombre, elle en est la complémentaire. Ce n'est pas quelque chose que les étudiants des beaux-arts étudient aujourd'hui, croient que ça a toujours existé. Non, ça n'a pas toujours existé. C'est à partir de ce moment-là, ils jubilent, parce que c'est extraordinaire pour un artiste de découvrir ça, c'est l'extase. En témoignent ces aquarelles réalisées sur ces carnets de dessins. Où l'on sent l'urgence dans laquelle il se trouvait en multipliant les combinaisons colorées perçues au cours de ces promenades. On le sent dans les études de paysages qu'il réalise dans le nord du Maroc. Il s'agit, c'est capital, de la découverte de la lumière. Il interprète alors les effets colorés sur les végétaux, sur la terre, le ciel, l'eau, l'architecture. La lumière n'est plus simple éclairage, elle devient sujet de la peinture. Delacroix, et sans le savoir au moment précis, se met à peindre la lumière. De là le titre abandon de l'anecdote, il s'occupe de la lumière, ce qui fait dire à certains historiens d'art qu'il commence à composer la peinture sans sujet, une surface picturale autonome. Le peintre fait de la couleur
l'instrument d'une conquête. Que méditera bientôt l'avant-garde. Je fais référence ici aux impressionnistes. Cet événement eut lieu sur la terre d'Al Maghrib, le Maroc, le couchant en arabe, le lieu où chaque soir le soleil vient parachever sa course quotidienne, le lieu du crépuscule où le soleil vient s'éteindre dans les flots de l'océan. C'est ici que prit la naissance l'une des grandes révolutions de l'art moderne, sa peinture. Passera alors de la ressemblance à la transcendance ou de la physique à la mystique. Et je vous remercie. Alors je recommence. Merci Monsieur le Professeur Moulim Lahaboussi. C'est bon, vous avez traité et là ça fait l'unité totale de cette première séance depuis l'histoire même de dans le contexte duquel est situé Delacroix. Jusqu Aux Orients de Madame Professeur Pleitre et jusqu'à la lumière justement du Maroc. Par ailleurs, vous avez cité Byron et vous avez pris le Sarda Napal. C'est qu'en fait Delacroix est un peintre littéraire. Il s'est beaucoup inspiré de tous les écrivains.